La littérature descend dans la rue : 10 affiches A3 pour défendre l’école

« Des têtes bien faites, pas des classes trop pleines ! » Il y a des rencontres qui fonctionnent bien : celle de Montaigne et d’une pancarte de manifestation, par exemple. En détournant une référence littéraire pour parler des conditions d’enseignement, on peut faire sourire, exprimer une revendication et rappeler, au passage, pourquoi nous tenons tant à l’école. C’est dans cet esprit que j’ai conçu cette affiche et la série qui l’accompagne. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

J’avais envie de mots qui se voient, qui s’entendent et qui nous ressemblent. Des mots pour défendre l’école avec un peu d’humour, de la détermination et cette culture littéraire que nous avons précisément à cœur de transmettre.

Je partage donc ici dix affiches à imprimer en A3, avec un slogan par page, dans un style graffiti sur fond blanc. Certaines reprennent les mots d’un écrivain ; d’autres les détournent ou jouent avec le titre d’une œuvre. Toutes ont été pensées pour donner une place à la littérature sur nos pancartes.

Des livres aux pancartes, des mots pour défendre l’école

Pour cette série, je ne cherchais pas simplement de belles citations à agrandir. Je voulais des formules qui parlent de l’école, de ses ambitions, des conditions dans lesquelles on y apprend et de la place que nous souhaitons lui donner.

Avec « On est sérieux quand on défend l’école ! », le détournement de Rimbaud permet de répondre avec humour à ceux qui prendraient cet engagement à la légère. Le mot « sérieux », mis en évidence sur l’affiche, prend toute sa force : derrière le plaisir de jouer avec une référence, il est bien question de ce à quoi nous tenons. L’affiche indique qu’elle s’inspire du premier vers de « Roman ». 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

« “Les Misérables” : un roman, pas un projet pour l’école ! » fonctionne autrement. Ici, ce n’est pas une phrase de Victor Hugo que je reprends, mais le titre de son roman, que je fais entrer dans une formulation nouvelle. Le contraste entre l’œuvre et le « projet pour l’école » porte la revendication sans qu’il soit nécessaire d’ajouter une longue explication. C’est un clin d’œil littéraire, et il est présenté comme tel. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

J’ai aussi souhaité que ces affiches disent ce que nous espérons, et pas uniquement ce que nous refusons. « Une école à la hauteur de nos grandes espérances ! » fait ainsi écho au titre de Dickens pour porter une ambition : nous voulons pouvoir attendre beaucoup de l’école, pour tous les élèves. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

Quant à « Des profs ou pas de profs ? Là est la question ! », le détour par Hamlet ramène la formule à une question très concrète. Le rapprochement entre une référence théâtrale et une préoccupation scolaire donne au slogan son décalage et son mordant. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

Citer un auteur, ce n’est pas lui faire dire n’importe quoi

Je tenais à ce que le jeu avec les textes reste honnête. Une formule inventée pour une manifestation ne devient pas une citation de Montaigne ou de Shakespeare parce que leur nom figure en dessous.

Sur les affiches, j’ai donc distingué les citations, les détournements et les simples allusions à une œuvre. Cette précision reste discrète, en bas de page, mais elle me paraît essentielle : elle permet de retrouver la référence et de comprendre ce qui a été repris ou transformé.

L’affiche « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » reproduit ainsi un extrait de Hugo, avec sa référence aux Châtiments, livre IV, poème IX. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3 En revanche, « Cultiver les esprits, ça demande des moyens ! » est un slogan librement inspiré de Candide, et non une phrase de Voltaire. 10_affiches_ECOLE_graffiti_A3

Cette distinction fait partie du plaisir de la création. On peut s’emparer d’un texte, déplacer une image, jouer avec une expression, à condition de ne pas effacer le chemin parcouru entre l’œuvre et la pancarte. Il ne s’agit pas non plus de prétendre savoir ce que ces écrivains diraient de notre école aujourd’hui : les slogans sont nos prises de parole, nourries de nos lectures.

Un style graffiti pour faire entendre les mots

J’ai choisi un lettrage de type graffiti, avec de grandes lettres, des contours marqués et des touches de couleur, tout en conservant un fond blanc. Les mots importants sont tantôt colorés, tantôt soulignés ou placés sur un bandeau contrasté : « nous sommes », « trop pleines », « égalité », « des moyens ». 10_affiches_ECOLE_graffiti_A310_affiches_ECOLE_graffiti_A3

Je voulais retrouver quelque chose de l’énergie d’une pancarte, sans que la décoration fasse concurrence au message. La mise en page accompagne donc la lecture : elle fait ressortir une opposition, donne du poids au dernier mot ou marque la chute du slogan.

Le format A3 paysage laisse de la place aux phrases, avec une seule affiche par feuille. Chacun peut choisir celle qui lui parle le plus, sans devoir imprimer toute la série.