
Gobelet de Vicarello en 3D : un voyage romain entre les mains
Il faut le faire tourner pour poursuivre la lecture. Des noms de lieux, des chiffres romains, puis d’autres noms encore : ce gobelet donne envie de comprendre ce qui a été gravé sur sa paroi. J’ai conçu cette activité de latin autour d’une reconstitution en 3D du gobelet de Vicarello IV, avec une idée simple : donner aux élèves un objet à interroger, des indices à relever et un voyage à reconstituer.
Les gobelets de Vicarello sont quatre récipients antiques en argent découverts près du lac de Bracciano, en Italie. Leurs inscriptions présentent, avec des variantes, un itinéraire de Cadix à Rome : des étapes, les distances qui les séparent et un total. Les originaux sont conservés au Musée national romain. La teinte dorée de ma reconstitution est un choix de présentation, distinct du matériau des objets antiques.
Pour entrer dans l’activité, je propose de laisser un peu de temps à l’observation. Où commence la lecture ? Quels signes reviennent ? Pourquoi certains groupes de lettres sont-ils accompagnés de nombres ? Chaque binôme peut noter ce qu’il voit, puis formuler une hypothèse. La consigne tient en quelques mots : « Montrez l’indice qui vous fait penser cela. »C’est une manière très concrète de travailler la précision et la justification.
La lecture du latin prend alors un sens immédiat. Il faut reconnaître un nom, le recopier sans oublier de lettre, distinguer l’inscription de la colonne des distances. Les élèves peuvent commencer par une seule ligne, puis confronter leur relevé à une transcription. Même sans traduire une longue phrase, ils accomplissent un véritable travail de lecture : observer les formes, segmenter, comparer et corriger.
Les chiffres romains offrent une autre entrée. Sur l’itinéraire, on rencontre notamment « XII », « XVII » ou « XXIIII ». Cette dernière écriture permet de lire 24 en additionnant les signes et de la rapprocher de « XXIV », plus familière dans les exercices scolaires. On peut ensuite additionner les distances de quelques étapes successives, en conservant l’unité antique. Les nombres servent à suivre un trajet ; leur lecture a un but.
Avec une carte et une liste de correspondances entre noms antiques et noms actuels, l’enquête se poursuit. Chaque groupe recherche quelques étapes, les situe, puis explique leur place dans le parcours. Le passage de la liste à la carte oblige à organiser les informations. Il invite aussi à réfléchir aux contraintes d’un voyage : la longueur des étapes, les reliefs, les franchissements. Le latin, l’histoire, la géographie et le calcul se rencontrent autour du même document.
J’ai pensé cette activité pour permettre plusieurs niveaux de travail. Certains élèves peuvent relever trois noms et déchiffrer les nombres associés ; d’autres rechercher les lieux correspondants ou comparer deux lectures d’une inscription. Un extrait agrandi et une aide pour les chiffres romains permettent d’alléger la tâche. On garde le même objet commun, avec des exigences adaptées. La reconstitution imprimée peut circuler entre les groupes ; des photographies agrandies permettent aussi de commencer l’enquête.
La 3D apporte ici quelque chose de particulier : le texte occupe une surface courbe. Il faut changer de point de vue, tourner l’objet, retrouver une ligne. La forme du support devient une donnée de lecture. Le modèle est disponible en STL et en 3MF pour préparer une impression ; les photographies et les transcriptions restent des documents de comparaison.
Je tiens également à expliquer comment cette reconstitution a été faite. Elle s’appuie sur une photographie et des textes publiés ; certaines dimensions sont estimées et les parties non visibles ont été interprétées. Ces limites ont leur place dans l’activité. Demander aux élèves ce qu’ils peuvent vérifier, ce qu’ils supposent et ce qui leur manque, c’est les initier à une lecture critique des documents, y compris lorsqu’ils paraissent très réalistes.
Pour terminer, je propose une courte notice de musée : présenter l’objet, expliquer ce que racontent ses inscriptions et citer deux indices précis. Quelques lignes suffisent, à condition de pouvoir les défendre. C’est ce que je souhaite faire travailler avec cette création : regarder de près, lire avec attention et trouver les mots justes pour transmettre ce que l’on a compris.
