Un jeu de français sur la concordance des temps en 4e et 3e

Dans « Je croyais qu’il partirait », on peut reconnaître le conditionnel et hésiter encore sur l’ordre des faits. Le départ est prévu après quel moment exactement ? Il vient après le moment où « je croyais ». Pour comprendre la phrase, il faut donc se placer au moment de la croyance. C’est ce déplacement que j’ai voulu rendre visible avec ma Timeline de la concordance des temps, un jeu de cartes pour les classes de 4e et de 3e.

J’ai imaginé une frise parce qu’on peut y montrer du doigt ce qui reste parfois flou à l’oral. En haut, on pose la carte qui donne le repère. En dessous, on choisit la place de la phrase. Les mots « avant », « en même temps » et « après » sont familiers aux élèves. Je m’appuie sur eux pour introduire les termes grammaticaux d’antériorité, de simultanéité et de postériorité, au moment où ils servent à expliquer un choix.

Une frise et des cartes pour situer les faits

Le jeu comprend une frise à trois cases, huit cartes repères et vingt-quatre cartes phrases. Chaque repère donne un début de phrase, comme « Je croyais qu’il… », et un infinitif, ici « partir ». Trois phrases lui correspondent. Le fait de la subordonnée se situe, selon la carte, avant la croyance (« était parti »), au même moment (« partait à cet instant ») ou après (« partirait »). Le début de phrase reste le même, ce qui permet de comparer les trois situations.

Le fichier comporte aussi un corrigé qui rassemble les réponses par repère et deux défis. La règle prévoit une partie de dix à quinze minutes, de un à quatre joueurs. Pour préparer un atelier, imprimez la frise et les cartes en A4 paysage, à 100 %. Si vous souhaitez un dos illustré, imprimez la dernière page au verso des planches avant de découper les cartes.

Comment se déroule une partie en classe

Les huit repères sont visibles sur la table. Après avoir mélangé les cartes phrases, on en distribue six à chaque joueur et on met le reste de côté. Le premier joueur est désigné au hasard. Pour lancer la partie, je proposerais de faire un tour ensemble, en demandant à la classe quel verbe donne le repère et quel fait il faut situer.

À son tour, l’élève choisit une phrase de sa main et cherche le repère qui en reprend le début. Il vérifie que l’infinitif de la carte repère correspond au verbe conjugué dans la subordonnée. Il pose le repère en haut de la frise, place sa phrase dans la case choisie, puis explique son raisonnement à voix haute. Pour justifier la case « Avant » avec « Je croyais qu’il était parti », il peut dire que le départ avait déjà eu lieu au moment de la croyance.

Le joueur suivant consulte le corrigé pour vérifier le repère et la case. Si le placement et l’explication sont justes, la carte phrase est défaussée. Sinon, le joueur lit la correction et reprend sa carte. Le repère rejoint les autres, puis le tour passe au joueur suivant. Le premier qui vide sa main gagne. Pour la mise en commun, je reprendrais une carte qui a fait hésiter plusieurs groupes et je demanderais à deux élèves d’expliquer, chacun à sa façon, ce qui leur a permis de la situer.

Ce que les élèves apprennent en comparant les phrases

La série sur la pluie permet de faire varier le repère. Avec « Je crois qu’il a plu » et « Elle a cru qu’il avait plu », la pluie est chaque fois antérieure au moment de la croyance. Les élèves peuvent poser les deux cartes, à tour de rôle, dans la même case, puis relever ce qui change dans les verbes. Cette comparaison donne du sens au passage du passé composé au plus-que-parfait dans ces exemples. Elle aide aussi à comprendre « pleuvrait » dans « Elle a cru qu’il pleuvrait » comme un futur vu depuis un moment passé.

Les cartes au subjonctif amènent à regarder au-delà du verbe en gras. Dans « Lina doute que le robot fasse du bruit en ce moment » et « Lina doute que le robot fasse du bruit demain », on lit deux fois « fasse ». Pour trancher, il faut prendre en compte « en ce moment » et « demain ». Demander à l’élève de citer les mots qui ont guidé son choix rend sa démarche visible. En vérifiant une réponse, son voisin doit, lui aussi, mettre en relation les deux faits. Lorsqu’une carte est reprise en main, son propriétaire pourra la rejouer et reprendre son explication.

Réviser la concordance des temps en atelier ou en autonomie

Pour une découverte guidée, je commencerais avec un seul repère et les trois phrases qui lui correspondent. Une fois les cartes placées, vous pouvez les faire relire dans l’ordre de la frise et demander ce qui a changé d’une phrase à l’autre. En révision, quelques cartes suffisent pour un rituel. Une phrase est lue à la classe, chacun choisit sa case et deux élèves justifient leur réponse. Pour centrer une partie sur l’indicatif, le fichier prévoit d’écarter le repère R08 et les cartes P02, P11 et P23, puis de distribuer cinq cartes par joueur.

En autonomie, un élève peut classer ses six cartes et consulter le corrigé après avoir formulé chaque justification. S’il avance vite, je lui proposerais de nommer le temps du verbe de la subordonnée sur chaque carte ou de résoudre les défis. Dans l’un d’eux, le départ prévu à 10 h vient après la croyance de 8 h, et il est présenté comme déjà accompli à midi. Les heures donnent des points d’appui pour expliquer ces deux relations.

Adapter les cartes aux lecteurs qui ont besoin d’un appui

Pour des élèves dyslexiques ou des lecteurs fragiles, vous pouvez agrandir la frise et les quelques cartes retenues, réduire le nombre de repères visibles et faire lire la phrase par un partenaire. L’élève peut pointer les deux verbes l’un après l’autre, en repérant aussi l’auxiliaire dans une forme comme « était parti ». Pour soutenir la prise de parole, je donnerais une amorce à compléter à l’oral. « Je choisis la case … parce que le fait se passe … » On peut ensuite retirer cette aide et revenir à une main plus fournie.

J’ai conçu cette frise pour prendre place entre l’explication et l’entraînement écrit. Après avoir joué, j’aime l’idée de revenir à un récit et de demander aux élèves de tracer la même frise dans leur cahier pour expliquer un choix de temps. Ils auront alors un geste et des mots à retrouver au moment de lire ou d’écrire leur propre phrase.