Le mystère du cachet à collyres

Le modèle prend pour référence le cachet d’Apt conservé à la Bibliothèque nationale de France, sous le numéro d’inventaire 65.4704.4. Cette petite plaque de pierre mesure 3,7 cm de côté et 6 mm d’épaisseur. Elle a été découverte dans un tombeau à Apt, au début de 1752, et appartient à l’époque gallo-romaine. La date de 1752 est donc celle de sa découverte. Sur sa grande face figure notamment une tabula ansata, un motif rectangulaire muni de deux anses triangulaires. Les inscriptions utiles à l’estampillage se trouvent sur les tranches. Notice de la BnF.

À quoi servait un cachet à collyres

Le cachet servait à inscrire des indications sur des préparations médicinales destinées aux yeux. Pour comprendre son fonctionnement, il faut imaginer des petits pains ou des bâtonnets de remède, que l’on marquait pendant qu’ils étaient encore mous. Après séchage, une portion pouvait être prélevée, broyée et mélangée à un liquide au moment de l’emploi. Les travaux de Danielle Gourevitch décrivent ces médicaments solides et les fragments estampillés retrouvés à Reims. Archéologie et médecine romaine à Reims.

Les lettres étaient gravées en creux et à l’envers, afin de produire une empreinte lisible. C’est ce détail qui donne tout son intérêt à la manipulation : tant que l’on regarde seulement la pierre, le texte résiste ; lorsqu’on observe son empreinte, on comprend la raison de cette écriture. Le corpus Roman Inscriptions of Britain relie bien ces cachets au marquage direct des préparations solides, plutôt qu’à la fermeture de récipients contenant des lotions. Présentation des cachets à collyres.

Quatre inscriptions pour entrer dans le latin

Sur le cachet d’Apt, les quatre formules donnent des indications sur l’usage du remède. Voici les inscriptions relevées dans la notice de la BnF, conservées avec leurs abréviations, et une traduction de travail pour les élèves.

InscriptionSens à expliquer en classe
AD CALIGINEMContre le brouillard de la vue, autrement dit une vision obscurcie.
POST IMPETVMAprès l’accès, c’est-à-dire après la phase de crise.
AD ASPRITVDIContre la rugosité ; le terme renvoie ici aux affections des paupières.
LENEM AD IMPEUn remède adoucissant pour l’accès.

Ces lectures s’appuient sur la notice du cachet d’Apt et, pour le vocabulaire des affections, sur le corpus épigraphique RIB. Elles renseignent sur les usages annoncés des préparations, sans suffire à reconstituer leurs recettes ni à leur attribuer des diagnostics modernes précis.

Pour le travail de langue, je retiens d’abord les deux prépositions ad et post, que les élèves peuvent repérer même s’ils ne comprennent pas encore toute l’inscription. Dans ad caliginem et post impetum, elles introduisent un nom à l’accusatif. On peut alors expliquer comment la préposition contribue au sens, retrouver la forme du dictionnaire et discuter la traduction en contexte. Le V de IMPETVM fournit aussi l’occasion de montrer la graphie épigraphique correspondant à notre « u ». Quant aux mots abrégés, ils invitent à distinguer ce qui est réellement gravé de ce que l’on restitue pour lire.

Une enquête à mener avec les élèves

Pour commencer, je propose de présenter la photographie ou la reproduction sans donner immédiatement le nom de l’objet. Les élèves décrivent ce qu’ils voient : une forme, une matière apparente, des dimensions, un décor, la place des lettres. Je leur demande ensuite de formuler une hypothèse d’usage et de l’appuyer sur un indice précis. Une supposition devient ainsi une piste à vérifier.

Vient le moment de l’empreinte. Avec la reproduction, on presse doucement une tranche portant une inscription dans une bande de pâte à modeler. Les élèves comparent les lettres du cachet à celles qui apparaissent dans la pâte, puis les transcrivent dans le sens de lecture. La découverte du rôle de l’écriture inversée naît de ce geste très simple.

Je leur donne ensuite les informations sur l’objet antique et quelques aides lexicales. Chaque groupe peut prendre en charge une inscription, proposer sa lecture, expliquer une difficulté et présenter ce qu’il a compris. Pour garder une trace du travail, je propose de rédiger un petit cartel de musée réunissant le nom de l’objet, sa fonction, ses dimensions et l’explication d’une inscription. Il faut alors choisir les renseignements utiles et écrire pour quelqu’un qui ne connaît pas encore le cachet.

Pourquoi proposer une reproduction en 3D

J’ai prévu deux tailles : une version de 37 mm, correspondant aux dimensions de la notice, et une version agrandie de 74 mm, pensée pour faciliter l’observation des lettres et la prise en main. Le modèle reprend les inscriptions en miroir, les angles arrondis et le motif central, avec des traits redessinés pour l’impression.

Cette reproduction reste une reconstitution pédagogique simplifiée. La photographie de l’original conserve donc toute sa place dans l’activité : elle permet de comparer la régularité du modèle avec l’usure de la pierre et de comprendre qu’une restitution comporte des choix. Le revers, qui n’apparaît pas sur les photographies de départ, a notamment été laissé plat.

Ce travail m’intéresse parce qu’il donne une raison concrète de lire le latin. Les élèves cherchent ce que l’inscription permettait de faire, à qui elle s’adressait et pourquoi elle était disposée ainsi. L’observation, la manipulation, la traduction et l’écriture du cartel se répondent, chacune apportant une pièce de l’enquête.

Pour les élèves qui ont besoin d’être accompagnés, je peux proposer une seule inscription, un petit lexique et une trame de cartel. Ceux qui avancent plus vite peuvent comparer deux formules ou expliquer le fonctionnement du cachet à l’oral. Même sans imprimante 3D, la photographie et une transcription inversée à lire dans un miroir permettent d’amorcer la recherche.

J’aime l’idée qu’un objet aussi modeste puisse ouvrir autant de questions. Derrière quelques lettres gravées sur une tranche se dessinent des gestes de fabrication, des préoccupations de santé et des usages très ordinaires de l’écrit. C’est cette Antiquité à hauteur de main que je souhaite rendre accessible avec cette activité.

Références

  • Bibliothèque nationale de France, département des Monnaies, médailles et antiques, cachet à collyre d’Apt, inv.65.4704.4 : notice de collection.
  • Danielle Gourevitch, « Archéologie et médecine romaine à Reims », Société française d’histoire de l’art dentaire, hébergé par Université Paris Cité : article.
  • Roman Inscriptions of Britain, section 2446, Oculists’ Stamps : présentation et tableaux des inscriptions.

Modèle 3D ; https://cults3d.com/:5070113