
Poésie du voyage en 5e : écrire avec un atelier des cinq sens
Devant une consigne d’écriture sur le voyage, certains élèves ont des lieux en tête, mais peu de mots pour les évoquer. Ils peuvent nommer une plage, une forêt ou une montagne, puis hésiter lorsqu’il faut donner à sentir la chaleur, le grain du sable ou un bruit lointain. Les adjectifs « beau », « joli » et « agréable » reviennent alors, faute d’un vocabulaire plus précis.
J’ai conçu « Les cinq sens en voyage » pour donner une matière concrète à cette recherche. L’activité associe des objets, des sons, des parfums et des images à un travail de français en cinquième, autour de la poésie du voyage et des synesthésies. Avant de chercher une formulation poétique, les élèves disposent ainsi de sensations à observer, à comparer et à nommer.
Des matières et des objets pour nourrir l’écriture
Mon point de départ est le passage entre une sensation et les mots qui permettent de la transmettre. Demander d’enrichir une description reste abstrait lorsque l’élève ne sait pas précisément ce qu’il pourrait ajouter. En proposant des matières contrastées et des objets à explorer, je souhaite rendre cette recherche plus accessible.
J’ai accompagné le matériel de fiches qui présentent les objets et les lieux auxquels ils sont associés. La fiche d’ensemble permet aussi aux enseignants de reprendre cette démarche avec des matériaux disponibles chez eux, sans réunir toute la collection photographiée.
Les cinq sens en voyage : les supports de l’atelier
L’installation présentée dans les photographies comporte trois pôles : toucher, sentir et écouter. Pour le toucher, la fiche rassemble du bois fossilisé, une pierre volcanique, du corail, du sable, une noix de palmier et du marbre. Les élèves peuvent comparer les surfaces, les reliefs, le poids ou la température ressentie, puis chercher les mots qui distinguent ces matières.
Le pôle sonore réunit un sifflet en forme d’oiseau, un coquillage, un ocarina en forme de tatou et une flûte de pan. Les fiches les associent respectivement à Cerveteri, Zanzibar, au Costa Rica et au Pérou. L’important pour l’écriture est de préciser ce que l’on entend : un son aigu ou grave, continu ou discontinu, doux ou strident.
Le pôle olfactif présente des flacons de citronnelle, de « Night Queen », de lotus et de citron, associés à Bali, ainsi que de l’Agua de Florida, associée au Pérou. La fiche rappelle de sentir à distance, sans contact avec le nez ou la peau, et de ne pas boire ces produits.
La fiche « Les cinq sens en voyage » élargit ces propositions au goût et à la vue. Elle comporte, pour chaque sens, une réserve de mots et des exemples de matériel courant : coton, soie, laine, écorce, zeste d’agrume, cannelle, clés, papier froissé, chocolat, photographies ou tissus colorés. Les lieux indiqués donnent des pistes pour évoquer un paysage ou une destination.
Du vocabulaire sensoriel aux synesthésies : le déroulement
Pour organiser l’activité, vous pouvez installer quelques objets sur des tables, avec les fiches correspondantes. Des petits groupes facilitent la manipulation et les échanges ; une présentation collective convient aussi lorsque le matériel est peu nombreux. Avec des instruments à vent, l’enseignant peut produire les sons pour l’ensemble de la classe.
Je propose de commencer par une recherche de mots : « Observe ou explore l’objet, puis relève plusieurs termes qui décrivent ce que tu perçois. » Les élèves peuvent noter leurs propositions dans leur cahier, en s’aidant du lexique fourni. L’enseignant les invite à préciser leurs réponses : qu’est-ce qui paraît rugueux ? Le son est-il faible ou lointain ?
Une mise en commun permet ensuite de comparer les perceptions et d’ajuster le vocabulaire. Chacun explique son choix en s’appuyant sur ce qu’il a perçu. La banque de mots s’enrichit au fil des observations et reste disponible pour la suite du travail.
Vient alors le passage à la synesthésie : en poésie, cette association rapproche des sensations relevant de sens différents. On peut proposer « un parfum lumineux », qui relie l’odorat à la vue, ou « une mélodie rugueuse », qui rapproche l’ouïe du toucher. Les élèves identifient les deux domaines, puis essaient leurs propres associations avant de les intégrer à quelques vers ou à un court texte poétique de voyage.
Ce que les élèves travaillent en français
L’observation donne une raison de choisir un mot plutôt qu’un autre. Comparer le marbre et la pierre volcanique aide à distinguer « lisse », « poreux » ou « rugueux ». Les termes du lexique sont reliés à une perception, puis réemployés dans une phrase : cette succession offre plusieurs occasions de les retrouver et de les mémoriser.
La verbalisation demande également de dépasser une réponse très générale. Lorsqu’un élève explique pourquoi il retient « délicat » plutôt que « puissant » pour une odeur, il travaille la précision de son expression. Les échanges permettent d’entendre d’autres propositions et d’élargir ses possibilités de formulation.
Enfin, l’écriture sollicite un choix : quelles sensations retenir pour évoquer le lieu imaginé ? Quelle association produit une image compréhensible ? Lors de la relecture, l’élève peut remplacer un adjectif vague, supprimer une accumulation ou améliorer une synesthésie. L’exploration sensorielle trouve ainsi son prolongement dans un travail attentif sur le texte.
Plusieurs utilisations dans une séquence de poésie
L’atelier peut préparer une première écriture, en donnant aux élèves une réserve de sensations et de mots. Après la lecture d’un poème, il peut aussi aider à comprendre comment une image associe plusieurs perceptions : les élèves reviennent alors au texte pour examiner les choix de l’auteur.
Vous pouvez également retenir un seul objet pour une activité brève de vocabulaire, ou utiliser la fiche lors de la révision d’un brouillon. En binôme, chacun repère une formulation générale dans le texte de l’autre et propose une précision. Pour une évaluation formative, qui sert à identifier les acquis et les besoins, on peut demander de souligner une synesthésie et d’expliquer quels sens elle rapproche.
Adapter l’atelier aux besoins des élèves
Pour les lecteurs fragiles ou dyslexiques, vous pouvez isoler la partie du lexique correspondant au sens exploré et lire les mots à voix haute. Une sélection courte limite la recherche. Des amorces comme « Cette matière est… » ou « Ce son me rappelle… » soutiennent la formulation ; une réponse orale peut précéder la prise de notes.
Les élèves qui avancent plus vite peuvent comparer deux objets ou expliquer l’effet de deux synesthésies différentes. L’exploration reste ajustable : un élève peut travailler à partir d’une photographie ou d’une description lorsqu’une manipulation lui est inconfortable. Le goût constitue une possibilité de la fiche, à retenir seulement si les conditions de dégustation en classe le permettent.
Avec cette création, je souhaite offrir un point d’appui à ceux qui peinent à trouver leurs mots et ouvrir des possibilités d’écriture à toute la classe. Les objets et les fiches accompagnent les explications, la lecture et les essais successifs. Leur rôle est de rendre les sensations disponibles pour que chaque élève puisse chercher sa manière de les faire voyager dans un texte.







