Le passé composé, le plus-que-parfait, le futur antérieur et le passé antérieur ont un point commun qui paraît évident lorsqu’on maîtrise la conjugaison… mais qui l’est beaucoup moins pour certains élèves : un temps composé se construit avec un auxiliaire conjugué et un participe passé.

Entre le choix de l’auxiliaire, le temps auquel il faut le conjuguer et les accords du participe passé, les difficultés peuvent vite s’accumuler.

J’ai donc créé Voyage dans le temps (composé), un jeu de conjugaison dans lequel les élèves deviennent des voyageurs temporels. Leur mission : parcourir le plateau et maîtriser progressivement les différents temps composés pour parvenir jusqu’au présent.

L’objectif est simple : faire manipuler la conjugaison plutôt que la faire seulement réciter.

Un véritable voyage… dans les temps

Le plateau transforme les quatre temps composés de l’indicatif en différentes étapes d’un voyage :

  • le passé composé ;
  • le futur antérieur ;
  • le passé antérieur ;
  • le plus-que-parfait.

Chaque temps est associé à une couleur. Lorsqu’un joueur arrive sur une case, il doit répondre à une question correspondant au temps indiqué. Une réponse correcte lui permet de poursuivre son voyage ; dans le cas contraire, sa navette reste sur place. Le premier voyageur qui atteint la fin du parcours remporte la partie.

Cette règle volontairement simple permet de commencer rapidement : nul besoin d’expliquer pendant de longues minutes le fonctionnement du jeu. On peut consacrer l’essentiel de la séance à ce qui nous intéresse réellement : la conjugaison.

Une « navette » pour rendre visible la construction du temps composé

C’est l’un des éléments que je trouve les plus intéressants dans ce jeu.

Chaque joueur dispose d’une navette de conjugaison organisée en trois parties :

pronom personnel + auxiliaire + participe passé

Le matériel comprend également des languettes à manipuler pour construire les formes verbales.

Au lieu de demander seulement à l’élève de produire une forme verbale mentalement, on matérialise sa construction.

Pour former un temps composé, il faut donc successivement :

  1. identifier la personne ;
  2. sélectionner l’auxiliaire ;
  3. le conjuguer au bon temps ;
  4. choisir le participe passé ;
  5. vérifier, lorsque cela est nécessaire, son accord.

La conjugaison cesse alors d’apparaître comme une longue liste de formes indépendantes à mémoriser. L’élève retrouve une structure stable qu’il peut réutiliser d’un temps composé à l’autre.

C’est précisément ce transfert que je cherchais à favoriser en créant le jeu.

Comprendre les liens entre les temps plutôt que les apprendre séparément

On enseigne parfois les temps les uns après les autres : le passé composé, puis le plus-que-parfait, puis le futur antérieur…

Le risque est que l’élève mémorise quatre tableaux sans percevoir le mécanisme qui les relie.

Dans Voyage dans le temps (composé), on retrouve au contraire toujours la même architecture. C’est le temps de l’auxiliaire qui change.

Ainsi, avec être :

  • passé composé : je suis parti(e) ;
  • plus-que-parfait : j’étais parti(e) ;
  • futur antérieur : je serai parti(e) ;
  • passé antérieur : je fus parti(e).

Le jeu permet ainsi de faire apparaître très concrètement les correspondances entre les temps.

Les cartes du matériel font travailler plusieurs verbes, notamment rentrer, partir, venir, descendre, arriver et monter, à différentes personnes. Les séries sont proposées pour chacun des temps étudiés et sont accompagnées de leurs corrigés.

L’élève ne peut donc pas se contenter de reconnaître vaguement le temps : il doit produire la forme verbale complète.

Faire de l’erreur une étape du jeu

Dans un exercice traditionnel, une erreur de conjugaison se traduit souvent par une croix rouge.

Dans un jeu, elle prend une autre place.

Une réponse incorrecte signifie simplement : la navette n’avance pas encore.

Il faut chercher ce qui bloque.

L’auxiliaire est-il correct ?
Est-il conjugué au bon temps ?
La terminaison correspond-elle à la personne ?
Le participe passé est-il correctement formé ?
Faut-il l’accorder ?

Cette mécanique permet de déplacer l’attention de la sanction vers la vérification de la procédure.

Et c’est particulièrement intéressant en conjugaison : une forme erronée révèle souvent non pas une absence totale de connaissance, mais une étape du raisonnement qui n’est pas encore automatisée.

Un support intéressant pour travailler les accords

Les verbes proposés permettent également de rendre visibles les variations du participe passé avec l’auxiliaire être.

Le corrigé fait ainsi apparaître des formes comme je suis venu / venue, nous sommes venus / venues ou elles sont venues.

L’élève doit donc être attentif non seulement au temps et à la personne, mais également aux marques du genre et du nombre.

La manipulation devient alors un moyen de faire verbaliser les procédures :

« J’ai choisi sommes parce que le sujet est nous. »

« J’utilise étaient parce que je construis un plus-que-parfait. »

« J’ajoute -es à arrivées parce que le sujet est féminin pluriel. »

Ces petites justifications orales sont extrêmement utiles : elles permettent de vérifier que l’élève comprend ce qu’il faitau lieu de procéder uniquement par intuition.

Plusieurs façons d’utiliser le jeu en classe

Je l’ai conçu pour qu’il puisse être utilisé avec 2 à 6 joueurs. Mais il peut facilement trouver sa place dans différentes organisations pédagogiques.

On peut l’utiliser en atelier pendant une séance de révision, dans un groupe de besoins, en accompagnement d’élèves qui ont besoin de manipuler davantage, ou encore comme activité d’entraînement autonome lorsque les mécanismes ont déjà été expliqués.

Il est également possible d’en simplifier temporairement l’utilisation.

Avec des élèves fragiles, on peut par exemple ne travailler qu’un ou deux temps avant d’introduire l’ensemble du voyage.

À l’inverse, avec des élèves plus à l’aise, on peut demander de justifier systématiquement la construction obtenue ou de transformer une forme verbale d’un temps composé à un autre.

L’élève ne dit alors plus seulement :

« Nous étions arrivés. »

Il doit expliquer :

« C’est un plus-que-parfait : l’auxiliaire être est à l’imparfait, étions, puis j’ajoute le participe passé arrivés. »

Et là, le jeu devient véritablement un outil d’analyse grammaticale.

Pourquoi passer par le jeu pour apprendre la conjugaison ?

J’utilise le jeu en classe non pour contourner l’apprentissage, mais pour multiplier les occasions d’apprendre.

Ici, les élèves doivent lire une consigne, identifier une personne grammaticale, mobiliser la conjugaison de l’auxiliaire, retrouver le participe passé, effectuer les accords nécessaires, vérifier leur réponse et recommencer plusieurs fois au cours d’une même partie.

La répétition est donc bien présente.

Mais elle est intégrée à une situation qui lui donne un but.

On ne conjugue plus dix verbes parce qu’ils figurent dans une colonne d’exercices : on conjugue correctement pour faire repartir sa navette.

Cette petite différence change souvent beaucoup de choses dans l’engagement des élèves.

Et surtout : comprendre avant d’automatiser

Voyage dans le temps (composé) n’a pas vocation à remplacer le cours ni les exercices écrits.

Il constitue plutôt un pont entre la compréhension de la règle et son automatisation.

La navette permet de décomposer la forme verbale.
Les cartes obligent à la reconstruire.
Le plateau provoque la répétition.
Les échanges entre joueurs conduisent à verbaliser les choix.

Et, progressivement, ce qui nécessitait trois manipulations devient un automatisme.

C’est exactement ce que je recherche avec mes jeux de grammaire : rendre visible un mécanisme linguistique pour que les élèves puissent ensuite s’en détacher.

Alors, prêts pour le départ ?

Auxiliaire correctement conjugué, participe passé embarqué, accords vérifiés…

Destination : les temps composés !

Le jeu est ici