
Lire Cicéron ensemble : une expérience d’annotation collaborative sur De Amicitia
Une traduction peut sembler convaincante sans que l’on sache expliquer un seul de ses choix. Avec cette activité, je propose de revenir aux mots du texte et de rendre le raisonnement visible. Les élèves annotent un extrait de De amicitia, confrontent leurs propositions et précisent leur lecture au fil des échanges.
Le travail s’organise autour d’une question : comment construire à plusieurs une interprétation du latin que chacun puisse ensuite justifier ?
Ce parcours partage avec l’activité de traduction avec l’IA le même fil rouge : Du texte vérifié au choix justifié. Ici, l’élève explique une lecture du latin, examine la proposition d’un camarade et motive sa propre décision.
Dans la conférence associée, Cogito, de Victor Dixen (Robert Laffont, coll. « R », 2019), ouvre une discussion sur la créativité et le contrôle des productions d’IA. Cette ouverture appartient à la conférence ; les cours peuvent être menés à partir des ressources proposées ici.
Le parcours est prévu pour le lycée en LCA, des étudiants débutants accompagnés ou une classe de CPGE. Il demande 1 h 30, avec un prolongement possible jusqu’à 2 h. Le niveau de guidage dépend des connaissances du groupe.
Un extrait sur les liens qui nous unissent
Le passage retenu est la première phrase du paragraphe 20. Il précède la définition de l’amitié commençant par Est enim amicitia, étudiée dans le parcours de traduction avec l’IA. Les deux activités font travailler des passages distincts du même texte.
Quanta autem vis amicitiae sit, ex hoc intellegi maxime potest, quod ex infinita societate generis humani, quam conciliavit ipsa natura, ita contracta res est et adducta in angustum ut omnis caritas aut inter duos aut inter paucos iungeretur.
Cicéron, Laelius de amicitia, §20.
Le mouvement de la phrase conduit de la vaste communauté humaine à un cercle de quelques personnes. Cette image du resserrement offre une entrée dans la pensée de Cicéron et une matière précise pour travailler le lexique, les relations syntaxiques et l’interprétation.
Des outils pour écrire au plus près du texte
Avec Perusall ou Hypothesis, les élèves sélectionnent un segment et lui associent un commentaire. Les réponses restent ainsi rattachées aux mots discutés. L’enseignant prépare un PDF ou un texte numérique annotable, un glossaire et l’accès au groupe de travail. Les aides lexicales sont choisies en fonction des difficultés du passage et des connaissances des élèves.
Un tableau blanc ou un pad accueille la synthèse collective. La fiche élève avec lignes Seyès permet de préparer les annotations et de garder une trace personnelle. Sans équipement individuel, le même travail peut être mené sur papier, puis repris au tableau.
Déroulement et productions attendues
La séance de 90 minutes comprend dix minutes de contexte, quinze de lecture individuelle, vingt-cinq d’annotation, vingt d’échanges et vingt de synthèse.
Chaque élève rédige trois annotations — lexicale, grammaticale ou syntaxique, culturelle, philosophique ou personnelle — et répond à un camarade en s’appuyant sur un indice latin. La synthèse présente un acquis, une question ouverte et un choix précisé, maintenu ou corrigé. Chacun indique les aides utilisées et un objectif de progrès.
Un prolongement de trente minutes permet, au choix, une comparaison avec Aristote ou Montaigne, ou une réflexion sur les réseaux sociaux, toujours appuyée sur le texte.
Les références du parcours
Texte latin vérifié : Cicéron, Laelius de amicitia, §20, édition de W. A. Falconer (1923), diffusée par Perseus, et The Latin Library.
Édition de travail présentée dans la conférence : Cicéron, L’Amitié, traduction de Robert Combès, notes de François Prost, Les Belles Lettres, « Classiques en poche », 1996, ISBN 9782251799025.
Traduction française comparée à la sortie d’IA dans le parcours de traduction : Gallon-la-Bastide, revue par J.-V. Le Clerc, édition de 1821. Cette version historique est distincte de la traduction de Robert Combès.
Les fiches à télécharger
