
Un élève peut lire une traduction fluide et rester incapable d’expliquer comment elle se rattache au latin. C’est cette difficulté que je propose de travailler à partir d’une phrase de Cicéron. Les élèves rédigent une première version, examinent des traductions différentes, puis expliquent les choix qu’ils retiennent.
Un élève peut lire une traduction fluide et rester incapable d’expliquer comment elle se rattache au latin. C’est cette difficulté que je propose de travailler à partir d’une phrase de Cicéron. Les élèves rédigent une première version, examinent des traductions différentes, puis expliquent les choix qu’ils retiennent.
La question qui guide le parcours est celle de la présentation : quand l’IA propose une traduction, comment conserver la maîtrise de l’interprétation et former le jugement du traducteur ? Le fil rouge relie chaque étape : Du texte vérifié au choix justifié.
Dans la conférence associée, Cogito, de Victor Dixen (Robert Laffont, coll. « R », 2019), ouvre une discussion sur la créativité et le contrôle des productions d’IA. Cette ouverture appartient à la conférence ; les cours peuvent être menés à partir des ressources proposées ici.
L’activité est prévue pour des latinistes de 4e ou de 3e, avec des aides adaptées. Elle occupe deux séances de 55 minutes, puis une reprise individuelle de 10 minutes lors d’un cours ultérieur. Elle peut fonctionner avec des versions préparées, un poste projeté et les fiches papier.
Commencer par une phrase authentique
Le texte de travail est la définition de l’amitié dans le Laelius de amicitia, VI, §20. Son libellé a été confronté au texte latin édité par W. A. Falconer en 1923, diffusé par Perseus, et à The Latin Library. La ponctuation finale est adaptée pour isoler l’extrait :
Est enim amicitia nihil aliud nisi omnium divinarum humanarumque rerum cum benevolentia et caritate consensio.
La phrase offre plusieurs décisions à discuter : comment rendre consensio ? Quel mot français choisir pour caritas, présent ici sous la forme caritate ? Comment préserver la restriction nihil aliud nisi et relier les groupes à leur place dans la définition ?
Le glossaire et quelques repères permettent d’entrer dans la lecture. Pour les élèves qui en ont besoin, on peut donner la charpente amicitia est consensio, puis faire rattacher les groupes au génitif et cum avec ses deux ablatifs. Cette charpente est une aide de lecture simplifiée. La restriction nihil aliud nisi reste à rétablir dans la traduction.
Garder une première tentative avant de comparer
Pendant la première séance, les versions françaises sont révélées après le travail initial. Chaque élève dispose de trois minutes pour proposer une traduction, puis le binôme échange pendant sept minutes. Les deux essais individuels et la version commune sont conservés.
La comparaison porte ensuite sur cinq axes : l’ordre des mots et la construction, le choix du vocabulaire, les temps verbaux, le style et le ton, la fidélité au texte source. Pour chaque remarque, les élèves relèvent une formulation française, son effet et un indice latin. Une différence de formulation peut correspondre à un choix recevable.
Trois annotations portent sur le lexique, la syntaxe de cum et le sens d’omnium avec les deux domaines, divin et humain. Chacun répond à un pair et explique personnellement les rôles d’amicitia et de consensio, les deux ablatifs après cum et l’accord d’omnium avec rerum.
Comparer aussi les décisions du traducteur humain
Le dossier associe une sortie d’IA préparée et datée à une traduction de Gallon-la-Bastide revue par J.-V. Le Clerc, dans l’édition de 1821. Les élèves examinent ainsi leurs propres propositions, une version d’IA et une traduction humaine identifiée.
La formule « deux âmes » de 1821 fournit un exemple précis. Elle ajoute une image absente de la définition isolée. Juste avant, au §20, Cicéron évoque deux personnes ou quelques personnes. « Parfait » et « mutuelles » ne sont pas davantage traduits mot à mot dans ce segment : le §22 offre des appuis avec vera et perfecta et mutua benevolentia. Ces rapprochements permettent de discuter une interprétation ; ils n’établissent pas à eux seuls l’intention du traducteur.
Choisir les outils selon le travail à faire
ChatGPT peut servir à demander une traduction, une alternative ou une explication. DeepL et Google Traduction permettent d’ajouter des versions à la comparaison. Avant un nouvel essai, on vérifie que le service propose bien le latin vers le français. On conserve le même texte, les langues sélectionnées, la date et la sortie obtenue. Avec un assistant conversationnel, on garde aussi la demande exacte et le modèle affiché lorsqu’il est connu.
L’analyseur Ludendo aide à examiner des formes et leur construction dans la phrase. Perusall ou Hypothesis permettent de partager des annotations et d’y répondre ; un tableau blanc ou un pad rassemble la synthèse. Pataprompt intervient dans la relecture des demandes adressées à l’IA. Les outils sont mobilisés en fonction des besoins ; la séance ne demande pas de les utiliser tous.
Rédiger une note du traducteur personnelle
Au début de la deuxième séance, chaque élève rédige sa version finale et une note de trois à cinq phrases. Il défend un choix lexical avec le latin, examine une alternative, puis explique un maintien ou un changement entre sa première version et sa version finale. Il indique les aides utilisées.
Exemple construit pour le dossier : « Pour consensio, je retiens “communauté de vues”, qui souligne une convergence de jugement. “Accord” reste une alternative plus générale. Dans mon premier essai, j’avais “accord” ; je le précise ainsi. Je conserve “toutes” pour rendre omnium. »
Écrire et réviser un prompt en 30 minutes
Les binômes rédigent une demande contenant le latin exact, le lecteur débutant visé et le format attendu : une phrase française et deux notes, sur consensio et caritas. Chaque note compte vingt mots maximum et comporte un indice latin et une alternative. Un autre binôme relit la demande ; chacun conserve ensuite le prompt initial et sa révision.
Les trente minutes se répartissent ainsi : 5 minutes de cadrage, 7 d’écriture, 5 de relecture croisée, 5 de révision, 4 de mise à l’épreuve et 4 de bilan. Pataprompt peut aider à préciser la consigne. La vérification porte ensuite sur un critère annoncé et sur le latin. Si une nouvelle sortie est produite, elle reste liée au prompt réellement envoyé. Une réponse préparée garde sa provenance initiale.
Évaluer une explication que chacun peut reprendre
Le barème individuel proposé sur dix points suit les productions conservées : trois points pour la construction latine, trois pour le lexique et le contexte, deux pour la révision justifiée, deux pour la qualité du français et l’identification des aides et des étapes. La coopération fait l’objet d’une observation séparée.
L’autoévaluation demande une preuve : un mot latin, une annotation ou une phrase de la note. Elle sert aussi à choisir un prochain objectif. La grille conserve les six compétences du travail initial et comporte des espaces de réponse sur réglure Seyès. Pour accompagner les élèves, je propose un découpage de la phrase, des amorces de justification ou deux équivalents à discuter, en gardant une décision personnelle à expliquer.
Lors d’un cours ultérieur, une reprise de dix minutes porte sur un autre segment du même §20 : « Nec sine virtute amicitia esse ullo pacto potest. » Seule la capitale initiale est ajoutée. Les élèves repèrent le sujet, appliquent le régime de sine et justifient une traduction. Le travail est individuel, avec le glossaire annoncé. Son score sur quatre reste séparé de la note sur dix ; il décrit cette tâche, sans établir à lui seul un effet de l’IA sur l’apprentissage.
Préparer un usage collectif en classe
Le parcours fonctionne sans compte personnel d’élève sur une IA grand public. L’enseignant peut utiliser les sorties préparées ou conduire un essai collectif avec le seul texte latin public. Les accès sont choisis dans le cadre de l’établissement et du cadre ministériel d’usage de l’IA en éducation.
Prolonger le travail de traduction
Une version très littérale puis une version plus poétique permettent de discuter l’ordre, le rythme et les effets créés. Un podcast peut associer lecture latine, traduction et justification d’un choix. Le débat « L’IA peut-elle remplacer un traducteur ? » prend appui sur les formulations étudiées, notamment pour interroger les émotions et les nuances du texte.
Le vocabulaire et les raisonnements peuvent être réinvestis dans l’escape game « Sauve Cicéron ! ». Pour le lycée en LCA, les étudiants débutants accompagnés ou la CPGE, le parcours complémentaire d’annotation collaborative porte sur la phrase précédente du même §20, de Quanta autem vis amicitiae sit à inter paucos iungeretur. Cette séance distincte dure de 1 h 30 à 2 h. Chacun produit trois annotations, une réponse à un pair et une synthèse personnelle.
Les références du parcours
Texte latin vérifié : Cicéron, Laelius de amicitia, §20, édition de W. A. Falconer (1923), diffusée par Perseus, et The Latin Library.
Édition de travail présentée dans la conférence : Cicéron, L’Amitié, traduction de Robert Combès, notes de François Prost, Les Belles Lettres, « Classiques en poche », 1996, ISBN 9782251799025.
Traduction française comparée à la sortie d’IA dans le parcours de traduction : Gallon-la-Bastide, revue par J.-V. Le Clerc, édition de 1821. Cette version historique est distincte de la traduction de Robert Combès.
Les ressources pour préparer la séquence
Le dossier complet de dix-huit pages rassemble le guide, cinq fiches progressives, le corrigé enseignant en rouge, les critères d’évaluation, les outils et les prolongements. Le Canva en quatre pages en propose une synthèse. Les deux grilles restent séparées : une page pour l’enseignante et deux pour l’autoévaluation, en Arial 14, avec des lignes Seyès pour les réponses de l’élève. Le bilan de séance est rédigé au passé et se complète à partir des productions et des observations de classe.
