Jeu de Noël au collège : la ronde des cadeaux en français et en latin

Lire une consigne jusqu’au bout, identifier qui doit agir, distinguer « ton voisin » de « la deuxième personne à ta droite » : ces petites opérations demandent une attention que les élèves ne mobilisent pas toujours spontanément. Lorsqu’un objet doit réellement passer d’une main à l’autre, chaque mot prend pourtant son importance. C’est ce lien entre lecture et action que j’ai voulu exploiter avec La ronde des cadeaux, une activité de Noël pour le collège, déclinée en français et en latin.

Le principe tient en quelques éléments : des surprises préparées en classe, deux dés et un plateau de consignes. Les cadeaux circulent pendant trois tours de table, puis chacun découvre celui qu’il conserve. Aucun gagnant n’est désigné : le plaisir repose sur les échanges et sur la surprise finale.

Des cadeaux préparés en classe, sans achat

J’ai conçu cette ronde autour d’une contrainte : un seul cadeau par élève pour toute la partie. Les mêmes créations passent de joueur en joueur. La règle propose de préparer en classe un même type de surprise, comme un marque-page, un dessin ou un mot bienveillant, sans nom de destinataire. Aucun achat n’est nécessaire.

Ce choix permet de donner une place à chacun dans la préparation. Pour une exploitation en français, vous pouvez, par exemple, faire rédiger puis relire les petits mots avant de les glisser dans les enveloppes. Cette étape d’écriture est un prolongement possible ; le cœur du jeu reste la compréhension des consignes qui organisent la circulation des cadeaux.

Un plateau de 36 consignes pour faire circuler les surprises

La version française comprend un plateau et une règle. La version latine, intitulée Dona permutamus!, comporte également une aide de jeu bilingue, « Verba », qui rassemble les actions, les mots désignant les joueurs, les indications de direction et les expressions utiles. Les deux plateaux présentent une grille de six lignes et six colonnes.

Prévoyez, pour chaque groupe de quatre à six élèves, un plateau, deux dés et une surprise par personne, dans une enveloppe ou un emballage fermé. Les élèves s’installent en cercle. Après mélange des surprises, chacun en reçoit une, qu’il garde fermée. Les places restent fixes pendant toute la partie : seuls les cadeaux circulent.

Le joueur lance les dés l’un après l’autre. Le premier indique la ligne, le second la colonne. Il lit la consigne située au croisement et la réalise. Un résultat de 1, puis de 2, demande ainsi d’échanger avec son voisin de gauche. Lorsque l’action est entièrement terminée, les dés passent au voisin de gauche. Après trois tours de table, chacun a joué trois fois et ouvre le cadeau qu’il possède.

Lancer le jeu et accompagner les premières actions

Avant de commencer, je vous conseille de montrer un échange : donner son cadeau et recevoir celui de son partenaire. Faites ensuite repérer une case avec deux résultats de dés. Pour compter les places, on part du voisin, sans se compter soi-même. Cette démonstration évite que les premières difficultés de repérage prennent toute la place.

Certaines consignes concernent deux joueurs ; d’autres mobilisent tout le groupe. Lorsque « tous » doivent transmettre leur cadeau, chacun agit depuis sa propre place, dans le même sens et au même moment. Si deux échanges se succèdent, le second porte sur le cadeau que l’on vient de recevoir. Vous pouvez faire décrire cette succession avant de la réaliser.

Pendant la partie, l’enseignant peut demander : « Qui doit agir ? », « Avec qui ? », « Que fait-on d’abord ? » Un bref retour collectif permet ensuite de reprendre une consigne qui a suscité une hésitation et de faire expliquer son fonctionnement.

Comprendre les consignes et prendre en compte les autres

L’intérêt de cette activité tient à la précision qu’elle exige. Dans « Tes deux voisins échangent leurs cadeaux », le joueur qui lit n’est pas celui qui échange. Il doit identifier les personnes concernées et leur transmettre l’information. Avec deux actions successives, il doit aussi respecter leur ordre. La manipulation rend ainsi visibles les conséquences de la lecture et offre un point d’appui pour revenir au texte lorsqu’une erreur apparaît.

Plusieurs cases introduisent une proposition d’échange que l’autre peut refuser, ou un échange soumis à l’accord des deux partenaires. Dans ces situations, il faut demander, écouter la réponse et l’accepter. D’autres invitent à remercier ou à souhaiter de bonnes fêtes. Ces gestes ont une place concrète dans le déroulement du jeu. L’absence de classement permet de centrer l’attention sur le respect des règles communes et la participation de chacun.

Jouer en latin avec Dona permutamus

Dans la version latine, comprendre la langue permet de faire avancer la partie. Les élèves rencontrent notamment « permuta » pour échanger, « elige » pour choisir ou « serva » pour garder. Les expressions « a dextra » et « a sinistra » orientent les déplacements, tandis que « deinde » marque une succession. Les formulations reviennent dans plusieurs cases : les élèves peuvent les retrouver, les comparer et les associer à des actions déjà réalisées.

L’aide « Verba » permet de chercher un mot sans attendre systématiquement l’intervention du professeur. Quelques répliques donnent aussi une place à l’oral : « Visne permutare? », « Volo », « Nolo » ou « Gratias ago! » Vous pouvez préparer ce petit répertoire avant la partie, puis revenir sur quelques formes rencontrées. Le jeu fournit ainsi des exemples à observer pour travailler le vocabulaire et certaines formes verbales, selon les acquis du groupe.

Des variantes et des aides directement utilisables

La règle prévoit une version courte limitée à un tour de table. Vous pouvez aussi commencer par une démonstration collective, puis installer les groupes, ou consacrer un atelier à la lecture de quelques cases avant de jouer. En latin, le plateau peut servir à réutiliser du vocabulaire déjà étudié ou à découvrir certaines expressions avec l’aide bilingue. Il n’impose donc pas le même degré d’autonomie à tous les élèves.

Pour un lecteur fragile ou un élève dyslexique, un camarade peut lire la consigne, comme le prévoit le support. Vous pouvez également agrandir le plateau, suivre la ligne et la colonne avec deux bandes de papier, ou masquer les cases voisines. Face à une consigne composée, l’élève peut reformuler chaque étape avant d’agir. Un élève plus rapide peut expliquer une formulation latine en s’appuyant sur « Verba », tout en laissant au joueur concerné le temps de décider.

Avec La ronde des cadeaux, j’ai voulu proposer un moment de fête où lire, comprendre et échanger vont ensemble. Cette création trouve sa place à côté des explications et des entraînements habituels, en donnant aux mots une conséquence immédiate et partagée. Au terme de la partie, chacun repart avec une surprise préparée par un camarade ; si un élève retrouve sa propre création, la règle autorise un dernier échange, à condition que l’autre joueur soit d’accord.