
Un jeu d’enquête sur la formation des mots
Le décor du chantier de fouilles évoque le travail que je propose aux élèves. Ils isolent un fragment, l’observent et cherchent ce qu’il permet de comprendre. Le mémo part ainsi de casser, puis passe par cassable et incassable. À chaque étape, on peut montrer ce qui a été ajouté et expliquer ce qui a changé. Le terme affixe désigne ces éléments ajoutés à une base. Le préfixe se place avant et le suffixe après. Cette courte chaîne donne un point d’appui pour comprendre ensuite des mots moins familiers.
Un plateau et deux séries de cartes
Le PDF réunit un plateau de 32 cases, les règles, 16 jetons par équipe, 36 cartes, un mémo et un corrigé pour chaque série. Les jetons carrés portent une mosaïque ronde pour l’équipe bleue et un motif de terre cuite en losange pour l’équipe ocre. Les deux motifs se distinguent aussi en noir et blanc.
Les 18 cartes de la série A demandent de repérer un préfixe ou un suffixe et d’en donner l’origine. Dans préchauffer, par exemple, il faut relever pré-, qui signifie « avant », et l’identifier comme un préfixe d’origine latine. Les 18 cartes de la série B proposent aussi de comparer des mots, d’en former ou d’expliquer leur construction. Une carte demande ainsi de produire recyclable à partir de recycler, puis de nommer le suffixe et de préciser son origine. Pour préparer le jeu, imprimez à 100 % les pages 5 à 12 en recto verso, avec retournement sur le bord long, et les autres pages en recto. Vous pouvez ensuite découper les cartes et les jetons en suivant les traits.
Comment lancer une partie en classe
Une table accueille deux à quatre joueurs répartis en deux équipes. À trois, un élève peut tenir le rôle d’arbitre. Préparez une pioche de 18 cartes en prenant la série A, la série B ou un mélange des deux. La règle prévoit aussi une manche longue avec 32 cartes issues du mélange. Posez la pioche face cachée et tirez au sort l’équipe de départ. Le mémo peut rester à portée de main si les élèves en ont besoin.
À son tour, l’équipe pioche, répond à la consigne et précise l’origine de chaque affixe demandé. L’autre équipe, ou l’arbitre, garde le corrigé de son côté et vérifie la réponse. Si elle est complète et juste, l’équipe qui vient de jouer pose un jeton sur la case libre de son choix. En cas d’erreur, la personne qui vérifie lit la correction et le tour se termine sans pose de jeton. La carte est écartée, puis l’autre équipe joue. La première équipe à aligner quatre de ses jetons sur des cases consécutives, à l’horizontale, à la verticale ou en diagonale, gagne. Si la pioche est épuisée avant qu’un alignement se forme, l’équipe qui a posé le plus de jetons gagne. À égalité, la manche est nulle.
Au lancement, je conseille de jouer un tour devant la classe et de faire formuler une réponse complète. En fin de partie, vous pouvez reprendre une carte qui a fait hésiter plusieurs groupes et écrire les étapes au tableau. Avec lisible, illisible et illisiblement, les élèves peuvent ainsi dire à quel moment on ajoute le préfixe il- et à quel moment on ajoute le suffixe -ment.
Ce que les élèves apprennent en manipulant les mots
Dans antidopage, les élèves ont deux éléments à expliquer. En reconstituant la chaîne doper, dopage, antidopage, ils voient que -age sert à former le nom de l’action, puis que anti- exprime l’opposition. Cette démarche leur donne aussi une manière de vérifier leur réponse. La décomposition doit permettre de rendre compte du sens du mot entier.
J’ai également prévu une carte où la même suite de lettres conduit à deux réponses. Dans antivol, anti- signifie « contre » et vient du grec. Dans antichambre, le préfixe signifie « devant » et remonte au latin ante par l’intermédiaire de l’italien. Comme l’origine demandée est celle de l’affixe, le sens du mot en contexte aide à distinguer les deux emplois. En binôme, vous pouvez demander à chaque joueur de prendre en charge une partie de la réponse, puis d’inverser les rôles au tour suivant. Celui qui propose une origine entend ainsi la justification donnée par son partenaire pour le sens.
Du rituel de vocabulaire au travail en autonomie
Au collège, je proposerais la série A dès la 6e, après une première leçon sur les mots dérivés. Pour un rituel, une carte projetée suffit. Avec lavable, les élèves cherchent le suffixe et donnent le sens du mot par la formule « qu’on peut laver ». Un autre jour, la carte sur recyclable leur demande de retrouver cette idée en partant du verbe. En atelier, vous pouvez choisir la série B lorsque les élèves sont prêts à construire eux-mêmes des mots ou à comparer deux formes proches, puis leur demander de justifier un choix d’affixe avant la mise en commun.
Le PDF prévoit aussi une version individuelle. L’élève répond avant de consulter le corrigé, puis range la carte dans la pile « Réussi » ou « À revoir ». Il reprend les cartes de la seconde pile jusqu’à les réussir. Cette organisation lui permet de revenir, par exemple, sur les suffixes dont il sait expliquer le sens mais dont il oublie encore l’origine.
Adapter la partie aux besoins des élèves
Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, je proposerais de présenter une seule carte à la fois et de lire la consigne à voix haute, en lui laissant le mot sous les yeux pour qu’il puisse montrer la partie qu’il a repérée. La réponse peut rester orale. Avec un groupe qui a besoin d’être guidé, le mémo peut rester ouvert et la recherche se faire en deux temps. Les élèves trouvent d’abord l’affixe et expliquent son effet, puis vérifient son origine dans la colonne correspondante. Les élèves plus rapides peuvent prolonger la carte en trouvant un autre mot construit avec le même affixe et en vérifiant qu’il y joue le même rôle.
J’ai conçu Les fouilles du lexique pour prolonger la leçon et l’entraînement par des échanges courts autour de mots précis. Le moment qui m’intéresse le plus se joue entre la lecture de la carte et la pose du jeton, quand un élève peut montrer ce qu’il a repéré dans un mot et expliquer à son partenaire ce que cela change.
