
Un jeu de 7 familles pour travailler les fonctions grammaticales au collège
Un élève peut reconnaître un complément d’objet direct (COD) dans une phrase et hésiter dès qu’on lui demande de justifier sa réponse. Que faut-il remplacer ? Quel pronom choisir ? Le groupe est placé juste après le verbe, mais que nous apprend cette position sur sa fonction ? C’est pour travailler ce passage entre la réponse et sa justification que j’ai créé Les 7 familles des fonctions, un jeu de cartes pour le cours de français au collège. Dans cette version du jeu, chaque fois qu’un élève reçoit une carte, il lit la phrase, nomme la fonction du passage souligné et transforme la phrase pour expliquer son choix.
Pourquoi j’ai associé grammaire et courants littéraires
Dans un exercice écrit, la consigne indique souvent d’avance la fonction à chercher. J’avais envie de proposer un moment où les élèves devraient choisir eux-mêmes ce qu’il faut regarder et la manipulation à essayer. Le jeu de 7 familles m’a donné un cadre familier pour faire revenir ce travail à chaque tour, sur des phrases différentes.
J’ai associé chaque famille à un repère d’histoire littéraire ou culturelle. Les élèves retrouvent ainsi Rabelais et Gargantuaavec l’humanisme, Balzac et Le Père Goriot avec le réalisme ou encore Zola et Germinal avec le naturalisme. Les cartes proposent des phrases d’exercice. On peut donc entrer dans le jeu sans avoir lu les œuvres, puis s’appuyer sur les noms et les titres pour faire des rapprochements avec des lectures de classe. À chaque nouvelle carte du réalisme, le nom de Balzac revient. Cette répétition donne aux élèves l’occasion de retenir peu à peu l’association.
Comment jouer aux 7 familles des fonctions
Le jeu comprend 42 cartes réparties entre l’humanisme, le classicisme, les Lumières, le romantisme, le réalisme, le naturalisme et le surréalisme. Chaque famille compte six cartes et fait travailler six fonctions. Le sujet, le COD et l’attribut du sujet reviennent dans toutes les familles. Selon le courant, les trois autres cartes portent sur le complément d’objet indirect (COI) ou sur des compléments circonstanciels de temps, de lieu, de manière, de but ou de cause.
Pour préparer une table de deux à cinq joueurs, imprimez les cartes en A4 recto verso, à 100 %, avec retournement sur le bord long. Après la découpe, posez l’aide de jeu et les trois mémos à portée de main. L’aide permet de retrouver les codes, les époques et les fonctions. Les mémos rappellent les étapes du tour, quatre associations entre auteurs et courants, et une manière de reconnaître l’attribut du sujet. Le corrigé reste face cachée jusqu’au moment de vérifier une réponse.
Distribuez six cartes par joueur et formez une pioche avec le reste. À son tour, un élève demande à un autre joueur une carte qui lui manque dans une famille déjà commencée. Il peut dire « Dans la famille du réalisme, je demande REA3. » Si le joueur interrogé ne l’a pas, le demandeur pioche. Quand la pioche est vide, la demande s’adresse à toute la table. Si un joueur n’a plus de cartes en main, il pioche directement ou passe son tour si la pioche est vide.
L’élève qui reçoit ou pioche une carte la montre, lit la phrase, nomme la fonction du passage souligné et propose une transformation. Son voisin de gauche vérifie la réponse à l’aide du code dans le corrigé. Au besoin, il l’aide à reprendre la manipulation avant que le joueur ajoute la carte à sa main. Pour poser une famille complète, il faut encore justifier une autre carte choisie par ce voisin. La règle prévoit 20 minutes, puis la fin du tour de table en cours. La partie s’arrête immédiatement si les sept familles sont posées. Le joueur qui a posé le plus de familles l’emporte.
Ce que la manipulation change dans l’analyse
Sur une carte de la famille du naturalisme, on lit « Dans Germinal, Zola décrit le travail des mineurs. » Je peux demander aux élèves de dire la phrase avec un pronom. Ils obtiennent « Dans Germinal, Zola le décrit. » Le remplacement leur permet de vérifier précisément quel groupe est COD du verbe « décrit ». Avec la carte sur Rastignac, le raisonnement est différent. Dans « Rastignac est un étudiant en droit », « un étudiant en droit » dit ce qu’est Rastignac. C’est le lien entre le groupe et le sujet, établi par le verbe « est », qui permet de reconnaître l’attribut.
La vérification entre voisins donne aussi une raison d’écouter le raisonnement de l’autre. Si quelqu’un annonce « complément circonstanciel de temps » pour « En 1835 », son voisin peut lui demander de déplacer ce groupe, puis de dire quelle information il apporte. À la fin d’une partie, je propose de reprendre collectivement une carte qui a fait hésiter plusieurs tables. On compare les transformations entendues et on formule ensemble ce qui permet de trancher. Cette courte reprise donne aux élèves une démarche à réutiliser lorsqu’ils rencontrent une phrase semblable dans un texte.
Du rituel de grammaire à l’atelier de remédiation
Pour découvrir le jeu, vous pouvez analyser une première carte au tableau, puis demander à un élève de jouer un tour devant la classe. En début de cours, deux cartes suffisent pour revenir sur une distinction. Sur NAT3, les élèves suppriment la proposition introduite par « parce que », puis disent ce qui déclenche la grève. Sur NAT5, ils déplacent « pour défendre la grève » et expliquent ce qu’Étienne cherche à faire en parlant aux mineurs. Les deux cartes aident à distinguer la raison d’un fait et le résultat recherché.
En atelier de remédiation, je limiterais le choix à quelques cartes portant sur les fonctions que le groupe confond. Chaque élève peut essayer une transformation à l’oral avant de consulter le corrigé. En travail individuel, on peut demander une trace courte dans le cahier avec le code de la carte, la fonction et la phrase transformée. Ces trois éléments permettent de repérer si l’élève hésite sur le terme grammatical ou sur la façon de vérifier sa réponse.
Des aménagements pour garder la grammaire au premier plan
Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, je ferais lire la phrase par un camarade tout en laissant la carte sous ses yeux. Il peut ainsi se concentrer sur le passage souligné et proposer lui-même la transformation. Un agrandissement des cartes utilisées en atelier et le mémo « Mon tour » à portée de main peuvent aussi faciliter le repérage. Avec un élève qui termine vite, je propose de prendre une carte d’une autre famille où figure la même fonction et de vérifier si la manipulation fonctionne encore.
J’ai conçu ce jeu pour donner une place régulière à la justification orale entre la leçon et les exercices. Une carte qui a fait discuter une table peut d’ailleurs suffire à relancer le cours suivant. J’aime l’idée de repartir de cette phrase, puis d’en lire une autre ensemble pour voir si le raisonnement tient encore.
