
Les cinq clés du château hanté, un jeu de cartes pour réviser la grammaire au collège
Dans « Au-dessus de l’escalier pendent deux lampes en cuivre », l’élève qui cherche le sujet avant le verbe risque de montrer « l’escalier ». La phrase est courte, il connaît chacun des mots et, pourtant, son repère habituel le conduit à une autre réponse. C’est à ce genre d’hésitation que j’ai pensé en créant Les cinq clés du château hanté. Je voulais réunir des phrases assez courtes pour être relues à voix haute et assez variées pour qu’on ait quelque chose à dire sur la manière dont elles sont construites.
J’ai choisi le décor du château pour donner un cadre commun à ces exercices. D’une pièce à l’autre, on retrouve la gardienne, la comtesse, le chat ou le fantôme. Une fois les cartes imprimées, vous pouvez aussi bien sortir la cuisine pour retravailler l’accord sujet-verbe que faire circuler plusieurs salles pour une révision plus large. Le jeu se prête à des révisions au collège. En 6e ou en 5e, par exemple, vous pouvez choisir les cartes en fonction des notions déjà étudiées avec vos élèves.
Dix salles pour réviser la grammaire
Le jeu comprend 60 cartes illustrées à imprimer en recto verso. Les cartes sont réparties en dix séries de six. Au recto figurent le nom de la salle, un code comme E2, une consigne et la phrase à observer ou à transformer. Au dos, une illustration et le nom de la notion permettent de retrouver la bonne pile. Les réponses figurent sur un corrigé séparé d’une page, où elles sont rangées par salle dans l’ordre des cartes.
À la façade, on identifie la classe d’un mot. Aux archives, on retrouve le groupe nominal étendu à partir du nom en gras. La serre est réservée aux accords dans le groupe nominal et la cuisine à l’accord du verbe avec son sujet au présent. Dans le hall, on cherche le sujet du verbe indiqué, tandis que la cave invite à distinguer les verbes attributifs des verbes qui expriment une action. Le salon réunit les cartes sur le COD, le COI et l’attribut du sujet. Enfin, la bibliothèque est consacrée aux types de phrases, la chambre à la négation et le grenier à la distinction entre phrase non verbale, phrase verbale simple et phrase verbale complexe.
Faire jouer les élèves en binômes
Je vous propose de commencer avec deux ou trois salles. Après avoir imprimé et découpé les cartes, classez-les par pièce et gardez le corrigé à portée de main. Un élève tire une carte et lit la consigne. Son partenaire lit la phrase, donne sa réponse et montre les mots qui l’ont aidé à la trouver. Sur les cartes d’accord, il peut écrire sa réponse sur une ardoise avant d’épeler les formes demandées. On inverse ensuite les rôles pour que chacun ait à lire, à répondre et à expliquer.
Pendant que les binômes jouent, vous pouvez écouter les justifications et relever une réponse qui mérite d’être discutée. Pour reprendre l’exemple des lampes, je ferais remettre la phrase dans un ordre plus familier, « Deux lampes en cuivre pendent au-dessus de l’escalier », puis remplacer le groupe sujet par « elles ». Au moment de la correction, les élèves peuvent ainsi retrouver le sujet entier, y compris « en cuivre », et voir comment il commande le pluriel du verbe. Pour la mise en commun, deux ou trois cartes sur lesquelles les avis ont divergé suffisent à faire entendre plusieurs raisonnements.
Ce que les cartes font travailler
Dans la cuisine, les élèves corrigent notamment « Les marmites du cuisinier déborde ». Pour écrire « débordent », ils doivent repérer le groupe sujet et voir que son nom noyau est « marmites ». La présence de « cuisinier » près du verbe donne une raison de discuter l’erreur. L’épellation demandée sur la carte permet ensuite de vérifier la terminaison muette. J’aime l’idée de reprendre cette même question lors d’une relecture de rédaction. Quel nom, dans mon groupe sujet, commande l’accord du verbe ?
Le rapprochement de deux cartes est parfois aussi instructif qu’une nouvelle série de questions. Dans la bibliothèque, « Refermez la porte de la bibliothèque ! » et « Ce manuscrit brille dans le noir ! » se terminent par le même signe. La première phrase donne un ordre et relève du type impératif. La seconde fait une déclaration et prend une forme exclamative. Dans la chambre, la carte « La comtesse a retrouvé son peigne » demande un autre geste. En passant à « La comtesse n’a pas retrouvé son peigne », l’élève doit repérer où placer la négation dans un temps composé. Il peut alors expliquer son choix en montrant l’auxiliaire « a ».
Du rituel de début de cours au parcours en cinq défis
Pour un rituel, une seule carte projetée suffit. Chacun répond sur son ardoise, puis deux élèves expliquent leur démarche. En atelier de révision, vous pouvez proposer un parcours en cinq défis en choisissant cinq salles parmi les dix et en attribuant une clé symbolique à chaque défi validé. En autonomie, vous pouvez confier une seule pile aux élèves et leur donner accès au corrigé après leurs réponses, pour qu’ils reprennent eux-mêmes une carte sur laquelle ils ont hésité.
Pour des lecteurs fragiles ou des élèves dyslexiques, je proposerais une carte à la fois, éventuellement agrandie, avec la consigne lue par un partenaire. Sur les cartes du hall, l’élève peut d’abord pointer le verbe en gras, puis délimiter le sujet avec son doigt avant de le dire. Pour guider davantage, commencez par une phrase où le sujet précède le verbe, puis revenez aux lampes de l’escalier. Les élèves plus rapides peuvent fabriquer une carte sur le même modèle et la faire relire par un camarade, chargé de vérifier que les mots en gras correspondent bien à la question.
Ce que j’ai envie de retrouver avec ce jeu, c’est le moment où un élève revient sur une réponse et peut dire ce qu’il a vu en relisant la phrase. Les cartes prennent leur place après une leçon, pendant un entraînement ou lorsqu’une notion a besoin d’être reprise. Le château, lui, donne une bonne raison de ressortir une pile quelques jours plus tard et de retourner voir ce qui se passe dans la cuisine, le hall ou la bibliothèque.
