
Phrase simple et phrase complexe au collège, un jeu de grammaire sur les propositions
Quand je demande de distinguer une phrase simple d’une phrase complexe, c’est la justification qui m’intéresse. Un élève peut donner la bonne réponse en se fiant à la longueur de la phrase ou à une virgule. Pour savoir ce qu’il a réellement observé, j’ai besoin qu’il me montre les verbes qu’il a repérés et qu’il m’explique ce qu’il en déduit. J’ai donc séparé le travail en trois gestes. Les élèves apprennent d’abord à trouver les verbes conjugués, puis à compter les propositions, avant de réunir ces deux étapes pour justifier leur réponse.
Un plateau, trois paquets de cartes et un pion commun
Le jeu réunit une règle, un plateau illustré à l’aquarelle, 27 cartes numérotées et huit modèles de pions à découper, plier et coller. Chaque pion présente le même jouet sur ses deux faces. Des trains, des toupies, des robots et des peluches peuplent le plateau et se retrouvent dans les phrases. Les cartes sont réparties en trois paquets de neuf, avec des dos illustrés distincts. Sur les cartes « Je repère », les élèves cherchent le ou les verbes conjugués. Sur les cartes « Je compte », ces verbes sont en gras et la question porte sur le nombre de propositions. Avec « Je distingue », il faut dire si la phrase est simple ou complexe et justifier son choix en donnant le nombre de propositions.
Un corrigé séparé d’une page reprend les numéros des cartes. Il indique les verbes attendus dans le premier paquet et délimite les propositions à l’aide de crochets dans les deux suivants. Dans les phrases du jeu, on compte une proposition par verbe conjugué. Une phrase simple en comporte une, une phrase complexe en comporte au moins deux.
Comment se déroule une partie en classe
Pour préparer le matériel, imprimez en A4 à taille réelle. La règle, le plateau et les pions s’impriment en recto simple, les cartes en recto verso sur le bord long. Installez les élèves par groupes de deux à quatre. Chaque groupe place son pion sur « Départ », garde le corrigé à portée de main et mélange séparément les paquets qu’il utilisera. Les piles sont posées avec les phrases cachées. Pour une partie courte, le groupe pioche six cartes d’un même paquet et s’arrête à la case 6. La règle conseille de commencer par « Je repère ». Le parcours complet mène à la case 10 avec trois cartes « Je repère », trois « Je compte » et quatre « Je distingue », dans cet ordre.
À tour de rôle, un élève pioche et lit la consigne et la phrase à voix haute. Le groupe cherche, vérifie sa réponse au numéro de la carte et redit ensemble la réponse correcte. Il avance ensuite d’une case, même s’il a eu besoin du corrigé, puis met la carte de côté. Vous pouvez montrer comment se joue un premier tour en reprenant la phrase de la règle, « La voiture file quand le feu passe au vert. » Faites-la dire à l’imparfait. Les formes « filait » et « passait » donnent un moyen de vérifier les deux verbes repérés. En fin de partie, demandez à chaque groupe de choisir une carte qui l’a fait hésiter et de présenter son raisonnement.
Ce que les élèves apprennent en justifiant leurs réponses
Dans « Je compte », les verbes en gras permettent de se concentrer sur le lien entre le nombre de verbes conjugués et le nombre de propositions. Quand le gras disparaît dans « Je distingue », les élèves doivent retrouver eux-mêmes le point de départ. À force de reprendre la démarche sur des phrases différentes, ils s’exercent à la rappeler sans qu’on leur indique d’emblée où regarder.
Le pion commun donne aussi une raison de s’écouter. Si deux élèves ne sont pas d’accord, vous pouvez leur demander de pointer chacun le mot sur lequel ils s’appuient avant d’ouvrir le corrigé. La reformulation qui suit la vérification compte autant que la première réponse. Dire « phrase simple, parce que “roulent” est le seul verbe conjugué » permet de revenir sur l’indice qui a trompé le groupe et de rendre le raisonnement audible pour tous.
Du rituel de grammaire à l’atelier de révision
En début de cours, vous pouvez projeter les deux cartes contenant « et » et demander une justification sur l’ardoise avant de comparer les réponses. En atelier, si des élèves trouvent les verbes mais hésitent encore sur le nombre de propositions, proposez-leur la partie courte avec le seul paquet « Je compte ». Les crochets du corrigé leur permettent alors de regarder où commence et où se termine chaque proposition. Pour réviser l’ensemble de la démarche, confiez le parcours complet à de petits groupes et écoutez leurs justifications sur les dernières cartes. Vous saurez ainsi quelle étape mérite d’être reprise avec eux.
Des aménagements à partir des cartes du jeu
Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, je laisserais un camarade lire la phrase à voix haute tout en gardant la carte visible. L’élève peut alors montrer du doigt le verbe qu’il a repéré ou le souligner sur une copie agrandie. S’il sait trouver les verbes mais peine à expliquer sa réponse, vous pouvez lui proposer une amorce orale comme « Je trouve… verbe(s) conjugué(s), donc je compte… proposition(s). » À un groupe plus rapide, demandez de transformer « La voiture et le train roulent sur le tapis » en une phrase à deux propositions. « La voiture roule sur le tapis et le train la suit » permet de comparer ce qui a changé en gardant les mêmes jouets.
J’ai conçu L’Atelier des jouets pour donner une place à ces échanges entre l’explication en classe et l’entraînement écrit. Sur une copie, je peux lire la réponse. Autour du plateau, je peux aussi écouter ce que les élèves ont regardé pour la construire et ce qui les a parfois fait changer d’avis. Ce sont ces hésitations et les raisons qu’ils donnent pour les résoudre que je souhaite reprendre avec eux ensuite.
