
Le Horla au collège, une enquête littéraire sur le fantastique
J’ai choisi de donner aux élèves des fragments du journal à rapprocher. Une fois les épisodes remis dans l’ordre, ils peuvent revenir à ce que le narrateur écrit au moment où il hésite lui-même. Devant une carafe vidée, par exemple, il envisage d’avoir bu pendant son sommeil. Cette possibilité mérite qu’on s’y arrête, surtout quand on connaît déjà la fin du récit et qu’on est tenté de tout expliquer par la présence du Horla. Je propose cette activité de français au collège, par exemple en quatrième, pour étudier la manière dont un récit fantastique entretient le doute.
Un plateau d’enquête et trois pochettes à ouvrir
Le plateau A3 prend la forme d’un dossier à compléter. Il accueille neuf cartes illustrées pour reconstituer les épisodes, deux colonnes pour comparer les hypothèses, deux questions ouvertes et une frise de cinq étapes. En bas, deux espaces permettent aux élèves de rédiger leur conclusion et de préciser ce qui reste incertain. La feuille du journal rassemble les fragments datés, présentés dans le désordre. Les illustrations aident à reconnaître les scènes. Pour justifier une proposition, les élèves reviennent aux mots du texte.
Comptez 50 à 60 minutes pour le jeu complet, par équipes de deux à quatre. Pour chaque équipe, prévoyez un plateau en A3 paysage, les deux planches de découpe en A4 portrait imprimées à taille réelle, une feuille d’extraits, trois pochettes, des ciseaux, de la colle et un crayon. Découpez les pièces et mélangez-les à l’intérieur de leur pochette. Chacune contient la consigne de sa mission. Distribuez les pochettes successivement, en vérifiant le travail du groupe à chaque étape. Gardez la règle et le corrigé à portée de main.
Du journal du narrateur au dossier de l’incendie
Dans la première pochette, les élèves trouvent les neuf cartes à associer aux fragments. Sur chacune, ils inscrivent la date de l’entrée et résument le fait rapporté. Ils placent ensuite les cartes sur le plateau, de gauche à droite, puis passent à la ligne. Deux cartes peuvent renvoyer à la même entrée. Pour départager celle de l’incendie et celle des domestiques, il faut relire le passage du 10 septembre et suivre l’ordre dans lequel le narrateur raconte les faits.
La deuxième pochette contient six billets, deux pour chacun des trois objets de l’enquête, la carafe, la rose et le miroir. Pour chaque objet, le groupe rédige une explication surnaturelle et une explication rationnelle, puis place les billets dans les colonnes correspondantes. Sous chacun, il recopie sur le plateau un mot du journal qui appuie son hypothèse. Pour la carafe, « somnambule » permet d’envisager que le narrateur ait bu lui-même pendant son sommeil. À ce stade, vous pouvez demander aux élèves d’expliquer le lien entre le mot qu’ils ont choisi et ce qu’ils ont écrit.
Avec la dernière pochette, ils datent et ordonnent cinq moments clés sur la frise, puis répondent aux questions « Jean a-t-il vu le Horla ? » et « Le feu a-t-il tué le Horla ? ». Jean évoque ses mauvaises nuits, et ses paroles nous parviennent par le journal. Le narrateur dit avoir mis le feu à sa maison. L’incendie laisse ouverte la question de l’existence du Horla autant que celle de sa mort. Dans le bilan, le groupe peut privilégier une lecture s’il sait l’argumenter, ou maintenir le doute. Après validation, il colle les vingt-deux pièces. Les trois cartes de mission restent à part.
Ce que les élèves apprennent en confrontant deux lectures
En reformulant chaque épisode en quelques mots, les élèves dégagent l’essentiel du passage. Revenir ensuite à cinq jalons pour composer la frise les aide à retenir le fil du récit. Le travail en groupe prend surtout son sens lorsque deux élèves proposent des résumés différents. Relire ensemble permet de trancher sur ce que le texte rapporte. Les deux colonnes du plateau, elles, donnent une place aux désaccords qui demeurent lorsqu’on cherche une explication.
Le moment que je privilégierais pour la mise en commun est celui où deux équipes choisissent des mots différents pour parler du même objet. Pour la rose, une équipe peut s’appuyer sur « invisible », tandis qu’une autre retient « hallucination ». Faites relire tout le fragment sur la rose. Le narrateur compare d’abord ce qu’il voit au geste d’une main invisible, puis s’interroge sur sa perception. Les élèves peuvent alors repérer ce que la comparaison suggère et ce que la question laisse ouvert. Ce sont deux gestes de lecture qu’ils pourront retrouver dans d’autres récits fantastiques.
Des variantes pour réviser ou accompagner la lecture
Après la lecture de la nouvelle, vous pouvez reprendre la première pochette en atelier de révision, puis demander à chaque groupe de choisir le passage où, selon lui, le doute devient le plus difficile à lever. Pour un rituel plus court, je prendrais un seul objet et ses deux billets. Quelques lignes du journal suffisent pour proposer deux explications et les justifier. En fin de travail, la question sur Jean peut aussi servir de vérification individuelle. La réponse vous indiquera si l’élève distingue les paroles du cocher de l’interprétation qu’en fait le narrateur.
Avec des lecteurs fragiles ou des élèves dyslexiques, vous pouvez préparer les découpes, isoler le fragment en cours sur une feuille et le lire à voix haute en laissant le texte sous leurs yeux. Un élève peut dicter sa reformulation à un camarade, puis montrer lui-même le mot qui soutient son idée. Pour amorcer l’écriture, « Le narrateur raconte que… » et « On pourrait expliquer cela par… » donnent deux départs bien distincts. Les groupes qui avancent plus vite peuvent, eux, expliquer ce qui change quand le narrateur passe de « On a bu » à « j’ai bu ».
