Coupable ou non coupable ? Un jeu sur l’accord du participe passé au collège

Dans « La vidéo, je l’ai montrée à la surveillante », le e de montrée ne s’entend pas. Même lorsqu’on connaît la règle, il faut encore comprendre que l’ reprend la vidéo et que ce pronom est placé avant le verbe. C’est cette étape, entre la règle qu’on sait réciter et la phrase qu’on doit écrire, qui m’a donné l’idée du jeu « Coupable ou non coupable ? ». Dans ce jeu de grammaire pour le collège, chaque accord permet de choisir une version des faits. À la fin, les élèves doivent décider ce que la lettre reconstituée permet de conclure au sujet de la personne qui l’a signée.

Pourquoi j’ai mêlé enquête et grammaire

J’ai voulu que les élèves aient une raison de relire la phrase entière. Dans un exercice d’accord, leur regard peut s’arrêter sur le mot à compléter alors que l’information décisive se trouve quelques mots plus tôt, parfois dans le début de la phrase. Dans l’enquête, cette lecture attentive sert aussi à repérer un détail qui pourra compter plus tard. Où se trouvait l’objet ? De quel objet parle le personnage lorsqu’il emploie l’ ou les ? Les élèves ont ainsi quelque chose à vérifier dans la phrase et quelque chose à retenir pour la suite du récit.

Onze enquêtes de grammaire à jouer au collège

Le jeu réunit onze dossiers. Chacun tient sur une planche de neuf cartes. La carte « Fait signalé » présente l’affaire et donne le nom de la personne qui signe la lettre. Six cartes numérotées proposent les dépositions, avec deux versions de chaque phrase, A et B. La carte « Recoupement » demande de rapprocher deux dépositions et d’expliquer le lien entre leurs indices. La dernière carte, « Verdict », invite à se prononcer sur la personne qui a signé la lettre et à justifier deux choix grammaticaux.

Pour préparer une partie, imprimez la planche choisie à 100 % et découpez les cartes en suivant les traits du recto. Le dos commun, à la dernière page, est facultatif. Prévoyez une feuille et un crayon par équipe et gardez le corrigé à part jusqu’au verdict. La règle prévoit de deux à quatre joueurs et de dix à quinze minutes par dossier.

De la première déposition au verdict

Les élèves lisent le fait signalé et relèvent le nom du signataire. Ils empilent les dépositions face cachée, la carte 01 sur le dessus, et laissent les cartes « Recoupement » et « Verdict » à côté. À tour de rôle, ils retournent la déposition suivante et lisent les deux versions à voix haute, en reprenant le début de la phrase et sa suite éventuelle. Après discussion, ils notent le numéro et leur choix, A ou B, puis alignent les cartes dans l’ordre.

En circulant, vous pouvez demander à un groupe de montrer le sujet ou de dire quel mot un pronom reprend, puis lui laisser le temps de revoir sa réponse.

Après la sixième carte, les élèves relisent la lettre dans l’ordre avec les seules propositions retenues. Ils notent les numéros des deux dépositions qui, mises ensemble, permettent de trancher. Ils annoncent « Coupable » ou « Non coupable », expliquent leur verdict et justifient un choix avec être et un autre avec avoir. Ils vérifient leurs réponses dans le corrigé et comptent un point par choix correct et deux points pour un verdict juste appuyé sur deux indices pertinents. Il faut huit points et les deux justifications pour classer l’affaire. L’équipe reprend au besoin les accords ou les indices qui l’ont égarée.

Ce que les élèves apprennent en cherchant les indices

Dans le dossier de la serre, une déposition commence par « Les sachets de tournesol que j’ai repérés près du bac rouge… ». Pour expliquer repérés, l’élève doit retrouver ce que que reprend. Il s’agit des sachets, au masculin pluriel. Le pronom est complément d’objet direct (COD) de repérer et se trouve avant le verbe, d’où le s final. Une fois la phrase lue, le détail à garder en tête pour l’enquête est l’emplacement des sachets. Au moment du verdict, le groupe devra expliquer ce que cet indice permet d’établir lorsqu’on le rapproche d’une autre déposition.

Les trois premiers dossiers permettent de revoir l’accord avec le sujet quand l’auxiliaire est être, puis de reconnaître les phrases avec avoir où le COD suit le verbe ou est absent et où le participe reste invariable. Les dossiers suivants introduisent des COD placés avant le verbe, notamment des pronoms comme l’, les ou le relatif que. En passant d’un dossier à l’autre, les élèves retrouvent les mêmes questions dans des phrases différentes. En discutant avec leurs camarades, ils s’exercent à dire ce qui explique la forme retenue. La correction peut alors revenir sur l’étape qui a posé problème, comme l’identification du COD ou le repérage de sa place.

En atelier, en rituel ou en reprise ciblée

Pour lancer un atelier, vous pouvez projeter une déposition et faire lire les deux versions à la classe avant de distribuer les dossiers. Vous pouvez aussi prélever une carte pour un rituel de début de cours. Chacun note d’abord sa réponse sur l’ardoise, puis un élève explique la terminaison retenue. Pour reprendre une difficulté ciblée, choisissez deux cartes avec avoir, l’une où le COD vient après le verbe et l’autre où il est placé avant. Les élèves soulignent le COD dans chaque phrase et comparent les deux formes. Pour un atelier en autonomie, confiez à un binôme un dossier dont les accords ont déjà été étudiés et glissez le corrigé dans une enveloppe à ouvrir après le verdict.

Avec des lecteurs fragiles ou des élèves dyslexiques, laissez la carte visible pendant qu’un camarade lit les propositions, et agrandissez-la au besoin. Une terminaison peut rester inaudible même quand la lecture est claire. Pour aider les élèves à se repérer, vous pouvez leur faire entourer l’auxiliaire, puis souligner le sujet ou relier le pronom au groupe qu’il reprend. Un binôme peut se répartir la lecture et la prise de notes, puis échanger les rôles à la carte suivante. Les élèves qui terminent plus vite peuvent reprendre une phrase où le COD suit le verbe, puis le placer avant à l’aide d’un pronom et revoir l’orthographe du participe.

Une autre façon de revenir sur la leçon d’accord

J’ai conçu ces dossiers pour prolonger la leçon par un travail où les élèves peuvent relire, hésiter et expliquer leurs choix. En fin de partie, je garderais volontiers au tableau une phrase où les avis ont divergé. Je leur demanderais de reprendre ensemble le chemin qui mène à la terminaison. C’est ce raisonnement que j’aimerais qu’ils retrouvent, quelques jours plus tard, en relisant une phrase de leur propre rédaction.