
Classes grammaticales au collège : une activité de grammaire avec des mots inventés
J’ai conçu cette activité pour rendre nécessaire le recours aux indices grammaticaux. Si je propose « Le petit flanouk dort dans sa boîte », personne ne connaît la définition de « flanouk ». Pourtant, on peut chercher comment ce mot fonctionne : il est accompagné d’un déterminant et d’un adjectif, et un nom connu peut prendre sa place.
Ce choix permet de travailler une difficulté précise : passer de la reconnaissance intuitive à une réponse expliquée. Je ne demande pas aux élèves d’inventer tout un langage. Les mots sont nouveaux, mais les constructions restent françaises. Leur imagination fournit la matière de l’exercice ; les connaissances grammaticales permettent de l’organiser et de l’analyser.
Deux supports pour créer, analyser et s’entraîner
L’activité associe un atelier d’invention, présenté dans un guide enseignant en six étapes, et une fiche de trois pages. Celle-ci propose seize phrases contenant des mots inventés en gras. Pour chacune, les élèves renseignent deux rubriques : « Classe » et « Ma preuve ». Ils doivent donc nommer la classe, puis écrire une transformation ou expliquer un accord observé.
La fiche fait rencontrer des noms, des déterminants, des adjectifs, des pronoms, des verbes, des adverbes, des prépositions et des conjonctions. Le défi d’écriture de l’atelier mobilise, lui, cinq classes imposées, dont l’interjection.
Un prolongement compare trois emplois d’une même base : « Un flanouk approche », « Ce très flanouk sac est neuf » et « Je flanouke chaque matin ». Les élèves examinent ce qui permet d’y reconnaître respectivement un nom, un adjectif et un verbe. Cette liberté concerne ici des créations ; elle ne signifie pas que tous les mots français changent librement de classe.
Le déroulement de l’atelier de grammaire au collège
Pour préparer la séance, je prévois un tableau ou un vidéoprojecteur, des ardoises ou du brouillon, des feutres ou des stylos et le marque-page des manipulations syntaxiques. Un dictionnaire peut servir à vérifier une création si nécessaire. Les temps indiqués permettent de prévoir environ une heure, éventuellement répartie en deux séances.
Le premier temps consiste à inventer un mot prononçable, sans lui attribuer immédiatement une classe ni exiger une définition. Les élèves essaient ensuite de réutiliser cette base dans plusieurs phrases pour la faire fonctionner comme nom, verbe, adjectif ou adverbe. Ils peuvent adapter sa terminaison pour la conjuguer ou l’accorder. Quelques propositions sont construites et comparées au tableau.
Un rappel collectif reprend alors les gestes du grammairien : ajouter, supprimer, remplacer, déplacer, changer le temps ou la personne, encadrer par « ne… pas » lorsque la construction s’y prête. Puis chacun écrit une première phrase avec un mot inventé et la transmet à son voisin. Le camarade cherche la classe et explique sa réponse. L’auteur vérifie que sa phrase fournit des indices suffisamment clairs ; les rôles sont ensuite inversés.
Le défi final demande cinq créations différentes : un nom, un verbe, un adjectif, un adverbe et une interjection, réunis dans une phrase ou un court énoncé cohérent. Chacun prépare un corrigé secret avec les classes attendues et les tests possibles. Après l’échange, les élèves recherchent individuellement, confrontent leurs réponses et corrigent ensemble. L’enseignant accompagne les désaccords en faisant tester les propositions, puis conduit un bilan sur les manipulations utiles et les difficultés rencontrées.
Des preuves grammaticales à construire et à discuter
L’intérêt de l’exercice apparaît dans les transformations produites. Dans « Nous mirlupons dans la cour », changer le temps et écrire « Nous mirlupions dans la cour » permet de mettre en évidence une forme verbale. Dans « Ce tissu est très vopru ; ces étoffes sont très voprues », la comparaison fait observer les marques d’accord de l’adjectif. Les élèves relient ainsi une étiquette grammaticale à des propriétés qu’ils peuvent montrer.
Je veille cependant à faire croiser les indices. La suppression seule ne permet pas de conclure qu’un mot est un adjectif ou un adverbe ; une terminaison en « -ment » ne suffit pas non plus. Le remplacement vérifie une construction, sans donner la définition du mot inventé. Quant à « ne… pas », son emploi demande de tenir compte de la forme verbale, notamment aux temps composés.
L’échange entre camarades oblige également à rendre le raisonnement compréhensible. L’auteur sait quelle classe il voulait employer, mais sa phrase doit permettre à quelqu’un d’autre de la retrouver. Une hésitation devient alors l’occasion de discuter les indices ou de réécrire l’énoncé. L’ardoise facilite ces essais, puisqu’on peut effacer et recommencer.
Je distingue enfin la classe et la fonction : dans « Le dravon observe les étoiles », « dravon » est un nom, tandis que le groupe « Le dravon » est sujet du verbe. Cette précision évite de mêler deux analyses différentes.
Réviser les classes grammaticales avec les mots inventés
Vous pouvez utiliser l’atelier pour faire émerger les critères d’identification, puis formaliser les connaissances lors de la mise en commun. La fiche offre ensuite un entraînement individuel où la justification garde une place visible. Elle peut aussi aider à repérer un besoin précis : un élève donne parfois la bonne classe, mais peine encore à choisir ou à expliquer son test.
Pour un rituel de début de cours, une seule phrase suffit si vous demandez la classe et une preuve écrite. En atelier de remédiation, vous pouvez sélectionner quelques exemples et les transformer collectivement. Avec un binôme plus autonome, l’échange des productions permet de poursuivre le travail, avant une vérification des raisonnements par l’enseignant.
Adapter l’activité aux besoins des élèves
Pour les lecteurs fragiles ou dyslexiques, vous pouvez lire les phrases à voix haute, choisir des créations courtes et présenter moins d’énoncés à la fois. Si le lignage Seyès gêne un élève, un espace de réponse agrandi ou non ligné peut être proposé. La justification peut d’abord être formulée oralement, puis transcrite avec une aide.
Pour guider davantage, commencez avec trois classes — nom, verbe, adjectif — et fournissez des débuts de phrases ainsi que le marque-page. Les élèves plus rapides peuvent proposer deux manipulations concordantes ou examiner une phrase ambiguë pour la rendre analysable.
Avec cette création, je souhaite donner une place à la recherche dans l’apprentissage de la grammaire. Inventer autorise les essais ; manipuler oblige à regarder la phrase de près ; expliquer permet de partager ce que l’on comprend. L’activité trouve sa place aux côtés des explications et de l’entraînement, avec une exigence constante : pouvoir montrer pourquoi une réponse tient.





