
Figures de style au collège en sept défis à rabats
Le mot « comme » suffit souvent à faire reconnaître une comparaison. Quand le rapprochement se fait sans ce mot, certains élèves hésitent, même s’ils ont compris ce que les deux images ont en commun. Reste à expliquer ce que la figure apporte au vers. C’est à ce moment de la lecture que j’ai pensé en créant Les figures de style – Sept défis à rabats, une fiche de français que l’on peut utiliser au collège. Chaque défi invite les élèves à rapprocher deux citations, à chercher un indice dans chacune, puis à vérifier leur interprétation en soulevant un rabat. Cette idée vient de Sophie Leroux, dont vous pouvez retrouver le travail sur son blog https://apollinaire-en-mariniere.fr.
Pourquoi j’ai réuni les citations par deux
J’ai choisi de faire travailler les figures par paires pour donner aux élèves quelque chose de précis à comparer. Le premier défi rapproche deux vers de Baudelaire. Dans l’un, la musique saisit le poète « comme une mer ». Dans l’autre, la mer devient le miroir de l’homme. Je demande de relever, dans chaque passage, les deux éléments mis en relation. Le mot « comme » aide ensuite à expliquer comment le premier rapprochement est construit. Dans le second, c’est l’expression « ton miroir » qui ouvre une autre question de lecture. Que peut voir l’homme de lui-même dans la mer ?
Ces rapprochements m’ont aussi permis de varier les questions. On cherche tantôt la place d’une reprise, tantôt le sens d’une expression dans son contexte. Pour le dernier défi, il faut écouter la phrase. Le vocabulaire des figures vient ainsi désigner une observation que l’élève a déjà commencée.
Sept défis et leurs corrigés sous les rabats
La fiche tient sur une feuille A3 en paysage, imprimée recto verso. Elle réunit quatorze citations référencées, tirées notamment de poèmes, de fables et de pièces de théâtre. Sur chaque rabat figurent deux extraits, repérés par les lettres A et B, une ou deux questions pour orienter la recherche et deux courtes lignes de réponse. Au verso se trouvent les corrigés. Pour chaque extrait, ils donnent le nom de la figure, reviennent sur les mots qui permettent de la reconnaître et expliquent son effet dans le passage. D’un rabat à l’autre, on passe de la personnification et de la périphrase à l’hyperbole et à la gradation, puis à l’anaphore et à l’énumération, avant d’aborder les contrastes, les sous-entendus et les sonorités.
Pour préparer la fiche, munissez-vous de ciseaux. Découpez le long du cadre extérieur, puis coupez les cinq traits horizontaux jusqu’aux pointillés. Marquez les plis sur les pointillés et rabattez les deux côtés vers le centre, en gardant la face des corrigés devant vous au moment du pliage. Les défis se retrouvent ainsi sur les volets fermés. Vous pouvez ouvrir le rabat travaillé en gardant les autres fermés.
Comment lancer l’activité en classe
Je commencerais volontiers par le défi sur la comparaison et la métaphore. Je lirais les deux extraits, puis je laisserais les élèves relever ce qui est rapproché dans chacun. Ils peuvent noter les noms des figures sur les lignes A et B et formuler leur explication à l’oral ou dans le cahier, où ils auront davantage de place. Une fois leur réponse formulée, ils soulèvent le rabat, relisent les mots mis en évidence dans le corrigé et reprennent leur explication si nécessaire. Au centre de la fiche, sept cases leur permettent de cocher les défis qu’ils estiment avoir réussis sans aide.
En binôme, chacun peut d’abord chercher de son côté, puis expliquer à l’autre quel mot ou quel groupe a guidé son choix. J’interviendrais surtout lorsque les deux élèves s’accordent sur le nom de la figure mais peinent à dire ce qu’elle fait entendre ou comprendre. En mise en commun, je choisirais une seule paire pour reprendre une difficulté, par exemple la distinction entre l’antithèse et l’oxymore. Dans « Je vis, je meurs », chez Louise Labé, l’opposition se construit entre deux propositions. Dans « obscure clarté », chez Corneille, les deux mots opposés se trouvent dans le même groupe nominal. On peut alors demander aux élèves de montrer précisément où se situe le contraste dans chaque citation.
Lire les effets des figures de style
Dans le défi consacré à la litote et à l’euphémisme, les élèves doivent expliquer ce que Chimène et le poète laissent comprendre. Lorsque Chimène dit à Rodrigue « je ne te hais point », le contexte permet d’entendre un aveu amoureux dans une phrase qui nie la haine. Dans le poème d’André Chénier, « Elle a vécu » évoque la mort de Myrto en parlant de sa vie. En reformulant les deux passages, les élèves découvrent deux façons de dire indirectement quelque chose. Ils peuvent alors expliquer ce qui est suggéré dans le premier extrait et ce qui est adouci dans le second.
Pour faire entendre l’allitération, je ferais lire le vers des serpents d’Andromaque deux fois. À la seconde lecture, les élèves peuvent marquer au crayon les endroits où ils entendent [s]. Le sifflement se perçoit dans la succession des mots. Ce détour par la voix donne un contenu précis à la réponse. L’élève peut expliquer ce que ce son évoque dans la scène. Dans l’extrait de Phèdre placé sur le même rabat, c’est une voyelle, le [i], qui revient et forme une assonance.
Réviser en autonomie et adapter les défis
En début de cours, vous pouvez choisir un seul rabat et faire retrouver les deux figures sans consulter la leçon. Quelques jours plus tard, une autre citation permet de voir si les élèves retrouvent le même indice dans un texte qu’ils découvrent. En atelier, une sélection de deux ou trois rabats peut servir de révision ciblée. Les cases cochées peuvent vous aider à choisir avec un élève le défi à reprendre et à lui demander à quel moment il a hésité. Avait-il repéré l’indice ? Retrouvé le nom de la figure ? Su expliquer son effet ?
Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, je proposerais de masquer les autres défis et de lire les deux citations à voix haute. Il peut ensuite montrer les mots qui l’ont guidé et dicter son explication à un camarade, ou la donner oralement avant d’ouvrir le volet. Si c’est le contexte qui manque, quelques mots suffisent parfois à débloquer la lecture. On peut par exemple rappeler que Chimène parle à l’homme qui a tué son père. Aux élèves qui avancent vite, je proposerais de reprendre une citation dans le texte étudié en classe et d’y mener la même enquête.
J’ai conçu ces rabats pour laisser à l’élève un temps de recherche et lui donner ensuite de quoi revenir sur sa réponse. La fiche trouve sa place à côté de la leçon et des lectures suivies. Lorsqu’une figure revient dans un autre texte, j’aimerais que les élèves aient gardé de ces défis une question à se poser. Quels mots me font entendre, imaginer ou comprendre quelque chose de plus ?
