


Jeu des 7 familles littéraires en français au collège et au lycée
Un élève se souvient d’Harpagon et de sa cassette, hésite sur le titre de la pièce, puis retrouve L’Avare. Si on lui demande ensuite de situer l’œuvre, « comédie » lui vient parfois plus vite que « XVIIᵉ siècle » ou « classicisme ». Il a bien retenu quelque chose de sa lecture. Reste à relier le personnage, le titre, le nom de Molière et les différents repères qui l’aident à situer la pièce. C’est pour faire travailler ces liens que j’ai conçu D’une plume à l’autre, un jeu de sept familles littéraires destiné à la fin du collège et au lycée.
Pourquoi j’ai créé un jeu de cartes sur l’histoire littéraire
J’avais envie que les élèves retrouvent les titres et les noms dans une situation où ils ont une raison de les dire. Dans un jeu de sept familles, il faut regarder sa main, repérer la carte qui manque et formuler une demande assez précise pour que l’autre joueur sache laquelle donner. Le titre devient alors un renseignement dont on a besoin pour avancer. Le nom qui lui est associé revient à l’oral au fil des échanges.
J’ai aussi voulu que chaque carte permette de regarder une œuvre sous deux angles. La ligne « Forme » indique ce qu’on lit, par exemple un roman, une comédie ou un recueil poétique. Une deuxième ligne apporte un autre repère, comme un courant, une tradition, un contexte ou une démarche d’écriture. Sur la carte de Gargantua, « roman comique » indique la forme et « humanisme » le courant. En posant le doigt sur l’une puis sur l’autre, les élèves peuvent voir à quelle question chaque terme répond.
Sept familles littéraires du Moyen Âge au XXIᵉ siècle
Le jeu réunit 42 cartes illustrées, réparties en sept familles de six œuvres. On passe du Moyen Âge à la Renaissance, puis au XVIIᵉ siècle, aux Lumières et aux XIXᵉ, XXᵉ et XXIᵉ siècles. Chaque carte indique la famille, le numéro de la carte dans cette famille, le titre, le nom associé à l’œuvre, un repère de date et une phrase qui donne une idée de l’œuvre. Celle des Lais de Marie de France évoque ainsi des histoires d’amour et de merveilleux.
La fiche à poser au milieu de la table donne les titres classés par famille, sans les noms des auteurs et autrices. Les élèves peuvent s’y reporter pour choisir leur prochaine demande. Trois cartes d’aide restent à part. L’une explique comment lire les repères et les deux autres proposent des défis après la partie. Le fichier comprend aussi la règle et un corrigé qui rassemble les associations et précise certaines dates. Pour préparer le jeu, imprimez les pages 3 à 12 à 100 %, en A4 portrait, recto verso avec retournement sur le bord long, puis découpez les cartes.
Comment jouer en classe en mode Découverte
La règle prévoit deux à six joueurs ou équipes et une partie de 20 à 30 minutes. Distribuez cinq cartes par joueur ou par équipe et placez les autres face cachée pour former la pioche. Laissez la fiche des titres à portée de tous. Avant de lancer la partie, vous pouvez montrer un échange complet. Avec une carte des Lumières en main, un élève pourra demander à un autre joueur « Dans la famille des Lumières, je demande Candide. »
Si le joueur interrogé possède la carte, il la tend face cachée. L’élève qui l’a demandée essaie de retrouver le nom de l’auteur, puis retourne la carte et lit à voix haute le titre et le nom de Voltaire. Il peut rejouer si la famille reste incomplète. Si le joueur interrogé n’a pas la carte, l’élève pioche quand il le peut. S’il tire le titre demandé, il lit l’association et rejoue. Sinon, il passe la main.
Dès qu’une famille est complète, elle est posée face visible, dans l’ordre des numéros, et le tour s’arrête. Un joueur qui commence son tour sans cartes en pioche une si possible. Quand les sept familles sont posées, celui qui en a réuni le plus gagne. En cas d’égalité, la victoire est partagée. Si la pioche est vide et qu’un tour de table s’achève sans échange, on termine en mode Découverte, cartes visibles.
Ce que les élèves apprennent en retournant les cartes
En mode Découverte, le temps entre la demande et le moment où l’on retourne la carte est celui qui m’intéresse le plus. L’élève cherche d’abord le nom, puis vérifie sa réponse. Même s’il a hésité ou proposé un autre nom, il garde la carte et lit l’association exacte. Lorsqu’un titre revient dans un échange ultérieur, il a une nouvelle occasion de retrouver le nom. En équipe, deux élèves peuvent se consulter avant la demande et s’expliquer ce qui leur a permis de trancher.
Les défis de fin de partie permettent de revenir aux informations que les élèves ont pu lire rapidement pendant le jeu. Madame Bovary et Les Fleurs du mal portent tous deux le repère 1857. En lisant la ligne « Forme » de chaque carte, les élèves constatent que l’un est un roman et l’autre un recueil poétique. Le second défi les invite à repérer La Vie mode d’emploi et à justifier leur réponse grâce à la mention de l’Oulipo, un groupe qui explore notamment l’écriture à partir de contraintes. Je proposerais une courte mise en commun où chacun montre l’indice qui lui a permis de répondre.
Réviser les œuvres et adapter la partie aux élèves
Pour une première approche, vous pouvez prendre une seule famille et l’explorer cartes visibles, en rituel ou en atelier. Faites choisir une carte, lire le titre et sa courte présentation, puis nommer la forme de l’œuvre. Après la lecture d’un extrait en classe, retrouver la carte correspondante et la comparer à une autre de la même famille permet de repartir d’un texte que les élèves connaissent déjà.
Lorsque plusieurs associations sont familières, la variante Mémoire change la demande. L’élève donne à la fois le titre et le nom. Si le nom est juste, il reçoit la carte. S’il se trompe, le détenteur donne la bonne réponse et garde la carte. En l’absence d’échange, l’élève pioche si possible, puis passe la main. Cette variante convient à une reprise des œuvres déjà rencontrées.
Avec des élèves dyslexiques ou des lecteurs fragiles, je commencerais par deux ou trois familles et garderais la fiche des titres sous les yeux. En binôme, l’un peut repérer le titre et le lire avec l’autre avant que celui-ci formule la demande. Les rôles s’inversent ensuite. Pour les élèves qui avancent plus vite, je proposerais de comparer Madame Bovary et Germinal. La ligne « Forme » donne « roman » dans les deux cas, alors que les autres repères les rattachent au réalisme et au naturalisme.
J’ai conçu D’une plume à l’autre pour que les élèves puissent reprendre les repères d’histoire littéraire entre deux lectures et les retrouver dans un autre contexte. Une carte peut aussi donner envie de retourner au texte. Après avoir associé Marie de France aux Lais, on peut ouvrir l’un de ses récits et chercher ensemble où le merveilleux entre dans l’histoire.
