
La Cité des cinq ponts, un jeu de français sur les liens logiques de la 5e à la 3e
J’ai voulu donner aux élèves une raison de dire à voix haute ce qu’ils comprennent entre deux idées. « C’est la cause » constitue un début de réponse. « La marée trop basse explique l’annulation de la traversée » me permet d’entendre quel fait l’élève a identifié comme cause et comment il l’a relié à l’autre. Sur le plateau, cette explication a une utilité immédiate. Elle permet aux autres joueurs de vérifier la réponse avant que le pion traverse le pont correspondant.
Un plateau, cinq ponts et quatre façons de jouer les cartes
Le PDF réunit le plateau illustré, 45 cartes, quatre pions à découper, quatre carnets de traversée, un mémo, la règle et le corrigé. Chaque pont correspond à un lien logique ou à une famille de liens. Le premier représente la cause, le deuxième la conséquence, le troisième le but. L’opposition et la concession partagent le quatrième pont, tandis que la condition et l’hypothèse se retrouvent sur le cinquième. Le carnet garde la trace des ponts déjà franchis. Le mémo, posé à côté du plateau, donne une définition courte de chacun.
Les quatre enseignes des cartes indiquent l’action à effectuer. Avec un trèfle, l’élève repère le lien exprimé. Avec un carreau, il complète la phrase en choisissant entre deux formulations. Le pique lui demande de réécrire une phrase ou de relier deux idées à l’aide de l’expression imposée. Le cœur l’invite à départager deux interprétations ou deux phrases proches. Dans les quatre cas, il nomme le lien et explique ce qui, dans la phrase, justifie sa réponse.
Comment lancer une partie en classe
La règle prévoit environ vingt minutes pour deux à quatre joueurs ou équipes. Prévoyez un exemplaire du matériel par table de jeu. Le plateau s’imprime en A4 à 100 %, et les cartes en recto verso sur le bord long. Chaque joueur ou équipe place son pion au départ, prend un carnet et reçoit trois cartes. Les autres cartes forment la pioche. Avant de laisser les groupes commencer, je proposerais une carte au tableau pour faire entendre la différence entre le nom du lien et sa justification. Le mémo peut rester sous les yeux des élèves dès ce premier essai.
À son tour, le joueur choisit une carte et répond. Le joueur ou l’équipe suivante vérifie à l’aide du corrigé. Si la réponse est juste, le pion franchit le pont correspondant et le joueur le coche dans son carnet si c’est sa première traversée. En cas d’erreur, il lit le corrigé et reste sur son quai. Après avoir défaussé les cartes jouées, il pioche pour retrouver une main de trois cartes. Une fois par partie, il peut aussi piocher puis défausser une carte avant de jouer.
Une traversée fait changer de quai. Le double passage permet de franchir deux ponts en un tour et de revenir sur son quai, à condition de réussir deux cartes d’enseignes différentes qui mènent à deux ponts distincts. En partie ordinaire, il faut terminer son tour du côté du phare avec au moins quatre ponts différents cochés. On termine le tour de table et, parmi les joueurs arrivés, celui qui a coché le plus de ponts l’emporte. Si personne n’arrive après huit tours de table, on compare tous les carnets. Une égalité donne lieu à une victoire partagée. Pour la mise en commun, je reprendrais une carte sur laquelle les avis ont divergé, afin de comparer les justifications entendues.
Ce que les élèves apprennent en justifiant leurs réponses
J’ai choisi de faire revenir certaines formes dans des contextes différents. Dans « Si Lou crie, les oiseaux s’envolent », le cri est présenté comme la condition de l’envol. Dans « Lou crie si fort que les oiseaux s’envolent », l’envol est la conséquence du cri. Pour départager les deux phrases, l’élève doit lire au-delà de si et expliquer le rôle du cri dans chacune. Le même travail de lecture s’applique au but. Dans la carte où Mina fait signe pour que la barque s’approche, la phrase indique ce qu’elle cherche à obtenir. L’approche de la barque reste incertaine.
La réécriture oblige à suivre le lien d’une formulation à l’autre. Quand l’élève passe de parce que à donc dans l’exemple de la marée, le fait qui était donné comme explication devient le point de départ de la nouvelle phrase. Le corrigé accepte les reformulations équivalentes qui respectent la consigne. En équipe, cette souplesse donne matière à discussion. Deux élèves peuvent proposer des phrases différentes, puis vérifier ensemble qu’elles gardent les mêmes faits et les relient correctement.
Des variantes pour réviser et accompagner les lecteurs fragiles
Pour une découverte, la partie guidée prévue dans le livret conserve les cartes Repérer et Compléter. Chacun joue une carte par tour et vise le quai du phare avec au moins trois ponts cochés. Pour un rituel, vous pouvez reprendre une seule carte Départager au tableau et faire formuler une justification à deux avant de la discuter ensemble. En remédiation, je choisirais quelques cartes sur la cause et la conséquence, puis je demanderais une courte réécriture individuelle pour voir quel lien chaque élève sait reformuler seul.
Avec un élève dyslexique ou un lecteur fragile, vous pouvez agrandir les cartes sélectionnées et proposer qu’un partenaire lise la phrase et la consigne à voix haute. L’élève garde la main sur le choix du lien et sur sa justification. Pour amorcer une réponse, le mémo peut servir à poser une question précise, comme « Quel fait explique l’autre ? ». À un élève qui termine vite, je demanderais une seconde reformulation, puis une comparaison des deux versions pour vérifier que les faits gardent le même sens.
J’ai conçu La Cité des cinq ponts pour donner aux élèves le temps d’expliquer ce qu’un mot comme si ou donc fait à la phrase. Je l’utiliserais en complément des explications et des exercices, puis je reviendrais à un texte ou à une production d’élève pour y retrouver le même geste de lecture. Une carte discutée en fin de partie peut fournir le premier exemple de cette reprise.
