Le manoir des ombres, un jeu de conjugaison sur le passé simple en 4e et 3e

Je voulais faire une place aux personnes que les élèves rencontrent moins souvent dans leurs lectures. Dans un récit à la troisième personne, ils peuvent lire plusieurs fois « il vint » ou « ils vinrent » avant de croiser « nous vînmes ». En confiant le choix du pronom au dé, je peux faire travailler ces formes dans le même parcours. J’ai aussi voulu que chaque élève écrive sa réponse avant de voir celle des autres. On garde ainsi une trace de ce qu’on a trouvé seul et l’on peut revenir précisément sur ce qui a posé problème.

Un plateau illustré et 27 cartes de conjugaison

Le parcours traverse quatre lieux, du vestibule au passage secret, en passant par la galerie et la bibliothèque. À chaque case de jeu correspond une carte numérotée. Sur sa face illustrée figurent les six personnes du verbe au passé simple et un court exemple situé dans l’univers du manoir. Les cartes servent à vérifier les réponses et restent donc face cachée jusqu’à la correction. Le PDF comprend aussi un mémo, une consigne d’écriture et six pions à découper et à monter. Le parcours s’inspire du plateau Le (tré)passé simple de Pauline Bareille.

Pour préparer une table de deux à quatre joueurs ou équipes, prévoyez un dé à six faces, un pion par joueur ou équipe et de quoi écrire. Les cartes s’impriment en recto verso, à 100 %, avec retournement sur le bord long. Une fois découpées, elles se rangent dans l’ordre, en trois piles de neuf, dos visible. Les autres pages s’impriment au recto. La règle prévoit une partie d’environ quinze à vingt minutes.

Deux lancers de dé et une réponse écrite à chaque tour

Le premier lancer désigne la case à atteindre. Le pion reste en place pendant le défi. Le second lancer indique le pronom grâce à la légende sous le plateau. Depuis le départ, un 4 mène à « surgir » et un 5 donne « vous ». Chacun écrit alors « vous surgîtes » s’il a trouvé la bonne forme. Avec un 3 ou un 6, chacun choisit l’un des deux pronoms proposés. Je vous conseille de jouer ce premier tour à voix haute, puis de laisser chacun chercher en secret dès le tour suivant.

Les élèves ont jusqu’à trente secondes pour écrire. Ils montrent ensuite leurs réponses et le voisin de gauche retourne la carte de la case visée. Chacun vérifie le pronom, la forme verbale et les accents, puis corrige sa réponse si nécessaire. Seul le joueur qui a lancé le dé déplace son pion, à condition que sa première réponse soit juste. On remet la carte à sa place, puis on passe le dé à gauche.

L’escalier fait passer de la case 7 à la case 10 et la trappe ramène de la case 16 à la case 13. Ces déplacements s’effectuent après validation, sans nouveau défi. Pour gagner, il faut atteindre ou dépasser la case 27 et conjuguer correctement « ouvrir ». Si le temps fixé s’écoule avant qu’un joueur ne sorte, on termine le tour de table et le pion le plus avancé l’emporte. En cas d’égalité, la victoire est partagée.

Ce que les élèves apprennent en comparant les formes

Le moment que je tiens à préserver est celui où chacun compare sa réponse avec la carte. Un élève qui a écrit « vous surgites » a trouvé le bon verbe et la bonne personne. Il lui reste à repérer le circonflexe. Avec « nous prîmes » et « nous vînmes », il peut aussi comparer deux formes qui se ressemblent à l’oreille et observer la différence entre les séries en i et en in. Le mémo permet de retrouver ces modèles ainsi que les séries en a et en u. On peut enfin s’arrêter sur un détail qui échappe facilement à la relecture, comme la cédille de « j’avançai » ou le pronom réfléchi de « elle se tut ».

Les exemples des cartes donnent aux formes conjuguées une place dans un récit. Après la partie, la fiche invite les élèves à raconter leur fuite en trois phrases. Ils choisissent trois verbes du jeu, gardent le même sujet et s’appuient, s’ils en ont besoin, sur « Soudain… », « Un instant plus tard… » et « Enfin… ». Cette fois, c’est à eux de décider quelle action raconter et quelle forme convient au sujet qu’ils ont choisi.

Du rituel de conjugaison à l’atelier accompagné

En début de cours, vous pouvez tirer une carte et lancer le dé une seule fois pour obtenir le pronom. Chacun écrit sa réponse, puis la classe justifie ensemble une correction. En atelier, je garderais le plateau entier pour les élèves qui connaissent déjà les grandes séries. Avec un groupe qui les confond encore, je sélectionnerais quelques verbes et je ferais comparer, après chaque réponse, les lignes « nous » et « vous » sur les cartes. Les élèves les plus rapides peuvent reprendre une phrase d’exemple en changeant le sujet et expliquer les modifications qu’ils ont faites.

Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, vous pouvez lire à voix haute l’infinitif de la case et le pronom obtenu, puis les laisser visibles côte à côte. Au moment de la vérification, une bande de papier placée sous la ligne utile aide à suivre la bonne personne dans la carte. Si le délai gêne la recherche, je propose d’allonger le temps d’écriture à cette table ou de laisser le mémo ouvert. La réponse reste individuelle, même quand la lecture est accompagnée.

J’ai conçu Le manoir des ombres comme un temps d’entraînement à placer après une leçon ou à reprendre quand les élèves hésitent encore sur certaines formes. Le parcours donne une raison immédiate de relire ce qu’on a écrit. Les trois phrases de la fin me permettent ensuite de voir quelles formes les élèves choisissent et réemploient lorsqu’ils ont une histoire à raconter.