
Un jeu de chronologie littéraire
Quand on aborde les textes au fil des séquences, deux auteurs étudiés à plusieurs mois d’intervalle peuvent appartenir au même siècle. À l’inverse, deux textes rapprochés parce qu’ils traitent d’un sujet commun peuvent être séparés par plusieurs siècles. Je voulais réunir sur une même table des noms que les élèves rencontrent dans des contextes différents et leur donner une raison de les comparer. La place d’une carte devient alors une question concrète, à laquelle on peut répondre en s’appuyant sur ce que l’on reconnaît.
J’ai donc associé plusieurs indices sur le recto des cartes. Sur celle de Molière, par exemple, on trouve son nom, la mention « Comédie classique », une image et le titre L’Avare. Un élève peut partir de la pièce, un autre du genre. Le jeu donne aussi une place à des repères comme Le Roman de Renart ou les fabliaux, qui élargissent la frise au-delà des biographies d’auteurs.
Comment se joue Timeline littérature en classe
Le fichier comprend 80 cartes illustrées recto verso, une règle et un corrigé qui rassemble les repères dans l’ordre chronologique. Les cartes s’impriment en A4 portrait, à 100 %, en recto verso sur le bord long. Avant de découper, vérifiez que les noms coïncident sur les deux faces de la première planche. La règle et le corrigé sont en A4 paysage. Pour jouer, prévoyez une table où la frise pourra s’allonger et de quoi noter les points.
La partie ordinaire dure 15 à 20 minutes, à deux à quatre joueurs ou équipes. Choisissez de 18 à 24 cartes parmi les 80, mélangez-les et posez la pioche avec les indices visibles. Retournez la première carte pour amorcer la frise. Le premier joueur, désigné par tirage au sort, pioche et annonce où il placerait sa carte, à gauche, à droite ou entre deux cartes déjà posées. Il la retourne ensuite. Si sa proposition est juste, il laisse la carte en place, date visible, et marque un point. Sinon, il indique la bonne place et écarte la carte. La première personne ou équipe à cinq points gagne. Si la pioche s’épuise avant, le meilleur score l’emporte et une égalité donne lieu à une victoire partagée.
Pour lancer la partie, vous pouvez montrer comment placer Molière (1622) entre La Fontaine (1621) et Racine (1639), puis faire lire la mention qui accompagne la grande date au verso. C’est cette grande date qui sert au classement. Le plus souvent, elle correspond à une naissance. Elle peut aussi dater la composition d’un texte, sa publication ou un autre repère. Pour « vers 1174 », la règle retient 1174, et deux cartes de même année se placent côte à côte dans l’ordre choisi.
Ce que les élèves apprennent en construisant la frise
Au début, il suffit de décider si la carte piochée vient avant ou après la première. Puis la frise s’étoffe et le choix se précise. On peut reconnaître le théâtre classique et hésiter encore entre deux dramaturges proches dans le temps. En retournant la carte, l’élève vérifie la place qu’il avait annoncée. S’il se trompe, la règle lui demande de montrer où elle aurait dû aller. Cette correction lui fait reprendre la comparaison qui l’a fait hésiter et lui donne un repère pour les tours suivants.
Je tiens aussi à la lecture du verso. L’Avare figure parmi les indices de la carte de Molière, tandis que 1622 correspond à la naissance de l’auteur. Sur la carte de Marie de France, « vers 1160 » renvoie à la composition du lai. En fin de partie, vous pouvez choisir ces deux cartes et demander aux élèves de dire, en une phrase, ce que date chacune. Un retour au corrigé permet ensuite de reprendre quelques placements et de nommer les indices qui ont aidé. Les élèves peuvent ainsi formuler des rapprochements qu’ils retrouveront en lecture, par exemple en associant Voltaire et Émilie du Châtelet aux Lumières.
Du rituel de français à la partie coopérative
Pour une révision, vous pouvez constituer une pioche où les auteurs déjà rencontrés en classe côtoient quelques noms à découvrir. En début de cours, trois ou quatre cartes suffisent pour un court rituel. L’une est posée date visible et les élèves proposent l’ordre des autres avant la vérification. Si vous voulez faire jouer une partie courte avec les règles du fichier, prenez les 16 cartes de la première planche et fixez l’objectif à quatre points.
Le fichier propose aussi une version coopérative. Le groupe gagne s’il place correctement au moins huit des dix cartes jouées après la carte de départ. Vous pouvez demander à un élève d’annoncer une place et à un autre de donner l’indice qui appuie ce choix, avant de retourner la carte. Cette manière de jouer vous permet d’entendre ce qui guide le groupe et de repérer les hésitations qui méritent une reprise.
Des aménagements pour les lecteurs fragiles
Pour les élèves dyslexiques ou qui lisent avec effort, un partenaire peut lire à voix haute le nom et la mention du genre, puis laisser le joueur choisir la place. Vous pouvez aussi installer deux ou trois repères datés, bien espacés sur la table, et préparer une petite pioche qui mêle des périodes éloignées. Un élève qui a besoin d’être guidé peut alors montrer l’emplacement du doigt avant d’expliquer son choix. Aux élèves qui terminent plus vite, je proposerais de justifier un placement entre deux cartes et de préciser ce que datent les deux repères qui l’encadrent.
J’ai conçu cette frise pour qu’on puisse la reprendre au fil des lectures. Après l’étude d’une œuvre présente dans le jeu, ressortir la carte correspondante et la replacer parmi quelques noms familiers prend peu de place dans une séance. C’est un geste que j’aime dans ce jeu, parce qu’il donne à l’élève l’occasion de rattacher sa lecture du moment à une histoire littéraire qui s’étoffe peu à peu.
