Imposteur grammatical, un jeu d’enquête sur les types de verbes en français au collège

J’ai voulu réunir deux tâches que l’on propose souvent séparément. La première consiste à construire une phrase qui respecte une consigne grammaticale. La seconde demande de reconnaître et de justifier un emploi verbal dans une phrase que quelqu’un d’autre a produite. Lorsqu’un élève reçoit « devenir » avec la mention « attributif », il doit trouver ce que le sujet devient. Lorsqu’un camarade entend « Le guetteur est devenu nerveux », il doit, lui, repérer « nerveux » et expliquer que cet adjectif caractérise le guetteur par l’intermédiaire du verbe. Le même savoir sert ainsi à composer l’alibi puis à l’examiner.

J’ai choisi la mythologie grecque pour donner aux élèves un lieu et une situation à partir desquels inventer leurs phrases. Le trident de Poséidon a disparu, la bobine d’Ariane est introuvable alors que Thésée doit entrer dans le labyrinthe, les ailes de Dédale ont été dérobées. Le récit lance la partie. Pour résoudre l’affaire, toute l’attention se porte ensuite sur les paroles des suspects.

Le principe d’Imposteur grammatical

Le PDF réunit neuf enquêtes qui suivent la même règle. Chaque planche contient huit cartes à découper. La carte Enquête pose la situation, la carte Inspecteur rappelle sa mission, et les six autres cartes se répartissent entre cinq innocents et un coupable. Chaque suspect reçoit trois verbes à employer dans l’ordre indiqué. Les innocents suivent tous la même succession de trois emplois différents, avec des verbes qui varient d’une carte à l’autre. Le coupable, lui, utilise trois verbes différents qui relèvent tous d’un même type, réservé à son rôle. C’est cette répétition que l’inspecteur cherche à repérer.

La fiche d’écoute lui permet de noter le verbe et son emploi pour chaque phrase. Elle propose six repères à consulter dans l’ordre du jeu, en retenant le premier qui convient. On y retrouve les emplois impersonnel, pronominal, attributif, transitif direct avec un complément d’objet direct (COD), transitif indirect avec un complément d’objet indirect (COI), et intransitif. Le corrigé fournit, pour chacune des neuf enquêtes, un exemple d’alibi innocent et un exemple d’alibi coupable. Il sert de point d’appui pour examiner les phrases inventées pendant la partie.

Comment lancer une enquête en classe

Pour chaque groupe de quatre à sept élèves, imprimez une planche et une fiche d’écoute en A4 paysage, au recto et à 100 %. Découpez les cartes et prévoyez un chronomètre. L’inspecteur lit la situation à voix haute. Distribuez ensuite face cachée la carte Coupable et deux à cinq cartes Innocent, selon l’effectif, en écartant les cartes restantes.

Les suspects ont deux minutes pour préparer trois phrases, avec un seul verbe conjugué dans chacune. Pour une consigne transitive, ils emploient un seul complément d’objet, direct ou indirect selon la carte. Chacun dispose ensuite d’une minute pour dire ses phrases en annonçant leur numéro et en gardant les catégories secrètes. L’inspecteur complète sa fiche au fil de l’écoute et peut demander qu’une phrase soit répétée.

Avant la révélation des cartes, l’inspecteur désigne le coupable présumé, nomme l’emploi commun aux trois verbes et cite une phrase en expliquant l’indice qui l’a guidé. L’inspecteur et les innocents gagnent si l’accusation et la justification sont justes. Dans le cas contraire, le coupable gagne. Pendant la partie, vous pouvez inviter un suspect à relire discrètement sa carte et à reformuler une phrase qui prête à confusion. Si une erreur a faussé la manche, la règle prévoit de la corriger puis de redistribuer les rôles.

Ce que les alibis font travailler en grammaire

La contrainte des cartes oblige à choisir les mots qui entourent le verbe. Pour employer « saisir » avec un COD, l’élève précise ce que le personnage a saisi. Pour « obéir à », il indique à qui le personnage a obéi. Avec « rester » dans un emploi attributif, il doit trouver une manière de décrire l’état du sujet, comme dans « Je suis resté immobile ». Ces décisions, même dans des phrases très courtes, aident à retrouver le sens des catégories au moment de les utiliser.

Du côté de l’inspecteur, citer une phrase donne du poids à l’analyse. Dans « Il neige », il peut expliquer que « il » ne désigne personne. Dans « Je me dépêche », il peut mettre en relation « je » et « me ». Et lorsqu’une phrase situe une action « dans la barque », il doit se demander ce que ce groupe apporte avant de conclure à la présence d’un complément d’objet. La mise en commun peut partir de cette hésitation. Faites comparer deux phrases entendues pendant la manche et demandez aux élèves de montrer, dans chacune, le mot ou le groupe qui a orienté leur choix.

Des variantes et des aménagements pour vos élèves

En entraînement, vous pouvez analyser ensemble un alibi tiré du corrigé avant de distribuer les cartes. En révision, faites tourner le rôle d’inspecteur d’une enquête à l’autre pour que chacun puisse passer de la production des phrases à leur analyse. Pour un retour rapide en classe entière, reprenez une seule phrase qui a suscité un désaccord et demandez à chacun d’écrire l’emploi du verbe et un indice avant la discussion.

Pour un élève dyslexique ou un lecteur fragile, vous pouvez lire discrètement les trois verbes de sa carte avec lui avant de lancer le chronomètre. Un temps de préparation plus long lui permet aussi de répéter son alibi à voix basse ou de noter un mot-repère pour chaque phrase. Si écouter et écrire en même temps rend le rôle d’inspecteur difficile, deux élèves peuvent le partager le temps d’une manche, l’un relevant les verbes, l’autre cherchant les indices. Un élève plus à l’aise peut, après la révélation, proposer une autre phrase qui respecte la même carte et expliquer ce qu’il a conservé dans sa construction.

J’ai conçu Imposteur grammatical pour prolonger les explications et les exercices par un moment où les élèves s’écoutent vraiment. Au moment de ranger les cartes, je garderais volontiers une phrase au tableau, puis je proposerais une phrase du cours où le même indice se présente autrement. C’est ce passage de l’alibi à une phrase que les élèves n’attendaient pas qui m’intéresse.