
Le Jardin des phrases, jeu de grammaire sur nature et fonction en 5e
Je voulais que les élèves puissent comparer deux phrases presque semblables. Dans « Le renard rejoint la chouette », le groupe « le renard » est sujet. Dans « La chouette rejoint le renard », il devient complément d’objet direct, ou COD. En mettant les deux cartes côte à côte, on voit que les mots du groupe sont les mêmes. Ce qui change, c’est leur rôle dans la phrase. Une troisième carte, « Elle rejoint le renard », permet de regarder la question dans l’autre sens. « Elle » est un pronom personnel et remplit, lui aussi, la fonction de sujet.
J’ai construit le début du parcours autour de ces trois cartes. Elles donnent aux élèves de quoi mettre des mots sur la différence entre les deux questions. La nature désigne la catégorie à laquelle appartient le mot ou le groupe. La fonction désigne le rôle qu’il joue dans la phrase. À partir de là, les cartes d’aide invitent les élèves à vérifier leurs propositions en modifiant la phrase et en observant ce qui se passe.
Un plateau, deux séries de cartes et des aides à portée de main
Le jeu comprend un plateau illustré à l’aquarelle, huit pions à découper, plier et coller, dix-huit cartes-phrases et neuf cartes d’aide. Le corrigé tient sur une page séparée. Chaque carte-phrase porte un numéro et le passage à analyser est souligné. Les neuf cartes « Premiers semis » font travailler le groupe nominal et le pronom personnel, ainsi que les fonctions sujet et COD. Les neuf cartes « Un pas de plus » reprennent ces notions et introduisent des pronoms personnels COD et des compléments circonstanciels de temps.
Parmi les cartes d’aide, certaines orientent l’observation, par exemple en invitant à chercher le nom principal d’un groupe. D’autres proposent de changer le nombre, de remplacer un groupe par un pronom, de retrouver le groupe repris par un pronom, ou encore de déplacer puis de supprimer un complément de temps. Trois cartes prévoient des aides entre élèves. On peut demander une lecture, essayer à deux ou écouter le groupe pendant un tour.
Comment se déroule une partie en 5e ?
Prévoyez un plateau et un pion pour deux à quatre élèves. Imprimez à 100 %. La règle, le plateau et les pions s’impriment en recto simple, et les cartes en recto verso sur le bord long. Une fois les cartes découpées, posez les aides face visible et gardez le corrigé à portée de main. La règle prévoit une quinzaine de minutes, sans chronomètre.
Pour lancer la partie, vous pouvez reprendre les deux exemples de la règle avec le chat et le hérisson. Faites entendre la différence entre « Le chat suit le hérisson » et « Les chats suivent le hérisson », puis essayez « Le hérisson suit le chat » et « Le hérisson le suit ». Les élèves commencent ensuite par les cartes 1 à 3, dans l’ordre, avant de piocher.
À son tour, un élève lit la phrase ou demande à un camarade de la lire. Il propose d’abord la nature du passage souligné, puis sa fonction. Le groupe peut essayer une manipulation avant de chercher la réponse dans le corrigé, au numéro de la carte. Après la vérification, le pion avance d’une case, même si le groupe a eu besoin de l’aide du corrigé, puis la main passe. La première partie peut s’arrêter à l’étape 3. Le parcours complet va jusqu’à l’étape 6. Pour la mise en commun, vous pouvez demander à un groupe de présenter une phrase et de faire entendre la transformation qui l’a aidé à trancher.
Ce que les manipulations syntaxiques font comprendre
Quand les élèves passent de « Le renard rejoint la chouette » à « Les renards rejoignent la chouette », ils entendent ou repèrent à l’écrit que le verbe change avec le groupe sujet. Avec « La chouette le rejoint », ils observent une autre transformation. Le groupe « le renard » peut être remplacé par « le » devant le verbe, ce qui les aide à reconnaître le COD. Demander aux élèves de dire la phrase transformée avant de donner leur réponse permet d’entendre leur raisonnement et de revenir avec eux sur un essai qui les a égarés.
La carte 10 se prête à un essai collectif avant d’ajouter « Un pas de plus ». Dans « Ce matin, le rouge-gorge chante », « ce matin » indique quand l’action a lieu. On peut dire « Le rouge-gorge chante ce matin », puis « Le rouge-gorge chante ». Les élèves entendent ce que l’indication de temps apporte et vérifient qu’ils peuvent la déplacer puis la supprimer dans cette phrase. Le corrigé donne une manipulation pour chaque carte. On peut donc y revenir pour refaire le raisonnement, même après une réponse juste.
En rituel, en atelier ou avec un groupe à accompagner
Pour un rituel, les cartes 7 et 8 suffisent. Elles reprennent la même phrase, « Le hérisson suit une piste », avec un soulignement différent. Faites analyser les deux passages et demandez aux élèves ce qui est resté identique et ce qui change. En atelier autonome, on peut répartir la lecture, la manipulation et la vérification, en consultant le corrigé seulement après l’essai. Les rôles peuvent tourner à chaque carte.
Pour les lecteurs fragiles, notamment les élèves dyslexiques qui se fatiguent à déchiffrer, vous pouvez limiter la première partie aux trois cartes de départ, lire la phrase à voix haute ou confier la lecture à un camarade. L’élève peut alors répéter le passage souligné et faire la manipulation oralement. Avec un groupe qui a besoin d’être guidé, je poserais seulement deux aides devant les élèves, « Je change le nombre » et « Je remplace », pour leur laisser le temps de comparer les deux essais. Aux plus rapides, je proposerais d’inventer deux phrases où un même groupe nominal serait tour à tour sujet et COD, puis de les faire analyser par un autre groupe.
J’ai créé ce jardin pour donner aux élèves un moment où ils peuvent prendre le temps d’écouter une phrase, d’en modifier un morceau et de discuter de ce qu’ils entendent. Après une leçon ou avant un exercice écrit, j’aime l’idée de garder une des phrases du jeu au tableau. On peut y revenir pour demander, tout simplement, ce qui a permis de trouver la fonction du groupe.
